J’ai été un hiver vif, clair et nu, un hiver de petites
culottes lessivées, de bonbons très durs, de couleurs tailladées au canif. Je
riais parfois, des graviers dans les genoux. La jungle de buée se redessinait
toujours sur les vitres de l’attente. De grands bivouacs affolés dans la steppe
des draps. La voracité d’infimes dents cristallisant le lait interdit. Et des
cachettes tièdes et profanes entre les torticolis du rire. Oh, mes robes de
papier ébouriffées. Balancements incestueux des hamacs. L’univers gonflait sous
mes œillères fleuries. Rampements puérils dans un cercueil d’osier qui s’en
allait au fil de l’eau, tandis qu’avec une assurance cannibale je
m’accroupissais sur la berge violette de l’horizon.
Annie Le Brun, Ombre pour Ombre, Gallimard, 2004, p. 109.
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