Claudio Abbado
Vu un film intéressant sur l’Orchestra Mozart, qui fut le dernier orchestre créé par Claudio Abbado. Orchestre dont j’avais déjà bien entendu parler dans le livre de Hyacinthe Ravet, L’Orchestre au travail.
On y voit relativement peu Claudio Abbado, mais surtout les musiciens de l’orchestre qui parlent de leur métier, de leur vie, tel ce jeune Argentin, peut-être issu du fameux Sistema (il ne le dit pas, il me semble) tellement émouvant et à qui, sur une initiative de Claudio Abbado, l’orchestre et des mécènes offrent sa première contrebasse.
Je note cette remarque d’Abbado que l’on interroge sur le fait qu’il dirige par cœur : « il faut mieux avoir la partition dans la tête que la tête dans la partition ». (Orchestra Mozart, Claudio Abbado direction. Réalisateur : Helmut Failoni, Francesco Merini, 2014).
Un corps irrigué de mémoire
« C’est de résonance qu’il s’agit. / La résurgence de traces qui sont des drageons, la relance de ce qu’un corps, irrigué de mémoire, veut jeter devant. (Nicolas Pesquès, La Face Nord de Juliau, treize à seize, p. 102)
NB : un drageon est un rejet naissant sur une racine.
→ Empreintes après empreintes, depuis le ventre maternel jusqu’au dernier battement du cœur, la mémoire dépose sans fin au fond de nous la curieuse substance mémorielle dont nous sommes faits et dont nous savons si peu. Qu’est-ce qui fait mémoire et comment, dans le réseau cérébral ? Qu’est-ce qui s’inscrit et surtout sous quelle forme ? Affaire d’influx électriques et de chimie cérébrale ? De quoi sont faites les traces mémorielles ? Par quels mécanismes et quels moyens sont-elles traitées, que se passe-t-il quand on les « appelle », les sollicite. Et quand elles surviennent, ferrées par quelque sensation présente (madeleine et pavés de St Marc) ?
Et, particulièrement angoissante en ce moment, la question du trauma, autre forme, redoutable, de mémoire qui tétanise le corps, parfois pour toujours. De quelle nature cette empreinte au fer rouge laissée sur les victimes rescapées ou les témoins ?
Votre aporétique situation
« Telle serait votre aporétique situation de peintre si attentif au monde de l’histoire documentée par la photographie : situation instable s’il en est. Qui ne cesse pas d’osciller entre ces deux régimes : d’un côté, le champ des possibles sans hiérarchies constitué par l’atlas, ce que j’ai appelé ailleurs une "table à recueillir le morcellement du monde" ; et, d’un autre côté, l’éventualité – fatalement hiérarchisante, valorisée – du chef-d’œuvre, à savoir le tableau par excellence qui consacre, aux yeux de tous, l’unité d’un génie artistique. » (G. Didi Huberman, lettres à Gerhard Richter, à paraitre dans la Revue du Musée d’art moderne).
→ C’est aussi le dilemme de l’écrivain, partagé entre l’envie d’explorer le champ des possibles, plus ou moins hiérarchisé et le désir de produire un chef d’œuvre unique. On peut penser ici à Catherine Pozzi n’écrivant qu’une poignée de sonnets indéfiniment repris et Paul Valéry qui a exploré si magnifiquement, si largement, si extensivement le champ des possibles.
L’amalgame lacunaire
Champ des possibles aussi avec Nicolas Pesquès : « Et si la bouillie n’était pas si synthétique que ça ? / Elle serait plutôt un amalgame lacunaire, incomplet. Corps laissant des sensations inemployées, jaune mis au rebut, à peine mémorisé. Herbe, faille et rotonde non métamorphiques. Pente incolore. Chaque corps à l’avenant, chacun déporté par ses propres glaciations ou manquements, étonné par ceux des autres. Prose en conséquence. Écrire dans la lucidité des proportions ; » (NP.122)
→ tout ce que nous laissons « filer », se perdre. Où et comment ? Je pense souvent le flotoir non seulement comme un radeau, mais aussi comme une digue, pour empêcher toute la matière vivante de partir inexorablement dans le trou noir du passé, de la mémoire inaccessible. Une parade aussi contre les glaciations et les bétonnages, cette double tendance à murer ou à figer ce qui peut déranger, perturber, faire tache. Un flotoir qui entrave aussi le mécanisme naturel de la mémoire et le travail d’oubli ! Dans quel but et avec quel effet ?
Un coup de foudre permanent
« Au cœur de ce qui sans cesse nous éloigne, il y a un coup de foudre permanent : la racine du désir remise en jeu comme si c’était une première à chaque fois. Toutes les pentes un premier jaune.
Le coup de foudre dissocie, il déchire l’image et le son de la langue. Il déchire le silence qui ne demandait pas d’être rompu. C’est la nuit du langage. » (NP.123)
→ je retiens surtout l’idée de la racine du désir remise en jeu comme si c’était une première à chaque fois : cela qui est donné en toute chose qui nous passionne (travail, occupation). Chaque retour est un commencement. Cela qu’il faut tenter de faire naître à l’orée de tout travail répétitif. Je pense ici au travail musical par exemple. Que la répétition soit vécue dans le désir de la phrase, du son produit et en rien comme étape obligée mais rébarbative en vue d’un but de bonne réalisation.
Le sourire de l’apparence
« Tout ce qui a lieu dans le sourire de l’apparence » (NP.123). Serait-ce cela le sourire de Mona Lisa ? L’énigme tant sondée de ce sourire. Serait-ce celui de l’apparence, serait-ce l’apparence qui sourit, éblouissante d’être apparence, désespérante de n’être qu’apparence, et un peu moqueuse car elle nous fait croire qu’elle est autre chose que l’apparence ?
Faille du langage
« Le langage veut s’offrir à ce qui le supprime, à sa nécessite d’accéder en coupant, en mutilant. » (NP.124)
Et c’est tout le drame de celui qui voudrait dire la musique. Si rares ceux qui en disent quelque chose. Aujourd’hui le très beau poème de Rilke cité dans le grand article de Marc Dugardin sur le rapport de Jaccottet à la musique, article publié dans Poezibao : « Parole où la parole cesse. », précisément…
L’ouverture des images
Georges Didi-Huberman écrit à Gerhard Richter : « Je comprends mieux, à présent, toute la difficulté de votre entreprise présente (et pourquoi cette épreuve vous impose le doute, l’attente, l’indécision) : vous envisagez de peindre, à partir des quatre photographies du Sonderkommando que j’avais nommées des "images malgré tout" – des Bilder trotz allem –, quatre grandes Nachbilder trotz allem, quatre décisions picturales de Nachträglichkeit, quatre figures sensibles d’un après-coup historique ou d’un « aprèsvivre » (Nachleben) de ces images de mort. Double difficulté, à tout le moins : comment respecter l’évidence, ne pas en rajouter sur ces images fragiles, ne pas « esthétiser » ? Et comment délivrer le symptôme, c’est-à-dire se risquer à un acte interprétatif, à une sorte de fouille, une anamnèse, un travail de retournement des strates temporelles afin que s’ouvrent les images ? »
Ouvrir les images pour leur redonner leur puissance, leur vérité, les rendre sensibles aussi dans le temps présent, pour le temps présent : « il s’agit de les déployer jusqu’à ce qu’elles délivrent une énergie explosive, leurs "fusées" comme auraient dit Charles Baudelaire ou Walter Benjamin. » Et pour le peintre : « « L’image [photographique], c’est la représentation, et la peinture la technique employée pour la faire éclater et l’ouvrir »
→ je dépose tout cela ici, selon ma technique habituelle. Je ne comprends pas tout, je n’intègre pas tout encore, mais je laisse ces matériaux travailler.
Autobiographie allemande
Nouvelle lecture, un livre conçu à partir d’une rencontre et d’un entretien entre Hélène Cixous et Cécile Wajsbrot, autour de la question de l’Allemagne pour Hélène Cixous. Chacune commence par un court préambule à l’entretien, C. Wajsbrot pour expliquer comment lui est venue l’idée de ce questionnement, à partir de deux titres de livres, Angst et Osnabrück, Angst, angoisse, un des premiers livres d’Hélène Cixous et Osnabrück, la ville dont sont originaires sa grand-mère et sa mère ; Hélène Cixous pour dire comment elle est entrée dans ce projet à partir d'une immense question latente en elle et alors qu’elle vivait, dit-elle, « avec la terreur grandissant dans mon corps de perdre avec maman l’allemand et mes Allemagnes. » (HC.CW. 17)
→ et je sens bien qu’en plus de mon intérêt immense pour l’œuvre d’Hélène Cixous, ce livre pourrait bien être l’occasion d’interroger mon propre et très mystérieux rapport à l’Allemagne et plus encore à la langue allemande. « Je sens avoir toujours déjà été entourée d’Allemagne, j’ai pour souvenir primordial d’avoir été une algue flottante dans le sein de cette mer. » (HC.CW.19). Mon expérience est bien sûr totalement autre et je parlerai plutôt de gués allemands dans ma vie, un certain voyage avec mon grand-père, l’idée de faire une licence d’allemand abandonnée au profit de l’histoire de l’art (parfois je me demande si ce fut un bien !?). Ensuite l’Allemagne, en pointillé, très espacés, puis plus serrés et de plus en plus rapprochés, de fréquents petits voyages de l’autre côté de la frontière… jusqu’à la décision autour de 2010 de reprendre le travail sur la langue allemande, de manière assez soutenue, cours, exercices, etc. Avec aujourd’hui un « résultat » qui même s’il est assez conséquent a quelque chose, comme pour la musique, de très frustrant : une immense imperfection, malgré une toute aussi immense passion, une assiduité réelle, un élan presque constamment réactivé… et dans un cas comme dans l’autre, un but (un certain niveau, une production de langage ou de musique acceptable…) qui ne cesse de s’éloigner en me narguant de surcroît !
Les deux Al
Cixous souligne la proximité des premières syllabes de ses deux pays fondateurs, l’Algérie et l’Allemagne. Algérie où elle raconte qu’il y eut « un temps, celui de son enfance à Oran, où une Allemagne demeura en Algérie : l’Allemagne des fugitifs, des réfugiés » et elle ajoute un peu plus loin qu’elle est sans doute « la seule survivante de cette halte africaine dans l’odyssée judéo-allemand. » (HC.17). Et elle y revient au début de l’entretien : « Allemagne et Algérie. Mes grands-mères mentales, mes parentes destinales qui commencent par me caresser l’oreille par la même syllabe. » (HC.21)
S’étranger sans peine
dit-elle aussi : « Délice de s’étranger sans peine » : « n’être pas enfermé(e) dans la cellule du propre, du national, disposer de tous les moyens de transport, déborder à volonté. (HC.22)
→ n’est-ce pas cela aussi une langue dite étrangère, un moyen de sortir de sa propre langue et de sa mainmise sur nous. De desserrer l’étau de sa propre langue sur le monde, sur la vision que l’on a du monde. Oui de s’étranger soi-même, d’étranger le familier par le recours à d’autres mots qui ne sont pas encore ces « synthèses imaginatives » dont parle Jean-François Billeter.
Recherche
« Je me sens vouée à l’exploration des profondeurs, aux mines, galeries, labyrinthes, sites d’enfouissement et de résurrection, j’ausculte la poitrine de la création » (HC. 23)
Avec l’écriture, je peins
« En général, je ne raconte pas avec l’écriture. Avec l’écriture, je peins, – quoi ? le peuple des pensées et des visions, les passages, pas les pas. L’Allemagne – une Allemagne ou des Allemagnes – parle, passe, chante, se lève et se couche en moi, tous les jours. (HC.CW, 30)
Se plaindre des inhumanités
« C’est à Kleist et Shakespeare que je pouvais me plaindre des inhumanités dont je souffrais cruellement et tous les jours en Algérie, dans mon enfance. Ils comprenaient. » (HC.CW 32)
Le mur
Et ces mots qui semblent encore plus vrais aujourd’hui qu’il y a quelques mois lors de la rédaction de l’entretien : « Le Mur est une figure de la déconstruction : 1) il est toujours déjà tombé, c’était évident. 2) il demeurera, invisible, tenace, fantôme, toujours, après la chute. Il y a toujours du mur. En Allemagne on l’avait transposé en simulacre réel. Mais chaque État monte des murs. On ne peut pas les voir. Mais il suffit d’étendre les bras de l’âme pour les toucher du doigt. (…) Le Mur, lui, est allé se faire voir ailleurs. / La littérature : elle longe les murs à l’infini, pour tenter d’atteindre la fente par où se glisser de l’autre côté. Se tient dans la zone-frontière.
→ Je pense tout particulièrement aux beaux livres d’Emmanuèle Jawad en lisant ces mots, elle qui explore ces bords de mur, ces zones de mur.
Sur la langue
« Il n’y a qu’une langue et elle parle parfois anglais, ou tantôt chante allemand, c’est un fleuve sonore où se jettent tant d’affluents, où la pensée s’avance, sillon sensuel, s’aidant ou se parant dans son effort et son élan des forces et des charmes d’une langue ou d’une autre. Il y a quelque chose d’athlétique et d’érotique, dans la plongée des langues je suis guidée dans ma course par le toucher, le contact, le rythme, la grammaire orchestrale. » (HC.CW.39)
→ ce côté tellement physique de la langue dont parle aussi si bien Nicolas Pesquès !
La langue allemande
Hélène Cixous pointe la caricature de la langue allemande qui circule en France, son côté rauque, âpre, brutal : « pour mes oreilles cardiaques elle a toujours été rythme et chant, respiration et musique de cordes. »
→ il faudrait faire entendre à ceux qui pensent qu’elle est telle, la langue allemande, deux choses très précises : Paul Celan lisant son poème Todesfuge ou bien l’Évangéliste dans la Passion selon Saint Mathieu de Jean-Sébastien Bach ! Passion que j’ai entendue et vue il y a peu, en « live », en direct de la Chapelle Royale du château de Versailles, sous la direction de Raphaël Pichon. Et qui m’a fait pleurer, comme chaque fois ou presque. Et dont le drame m’a semblé de plus tellement actuel, les jeux de la foule, sa versatilité, son inconséquence, la lâcheté des disciples, l’abandon que peut ressentir un homme, lâché par tous ceux-là qui l’aimaient et l’admiraient mais qui ont peur et surtout qui se laissent manipuler. Terrible. Le bouc émissaire, cher à René Girard, la focalisation de la peur humaine/animale sur un récepteur. Cela à l’œuvre partout dans le monde et à notre porte. En nous aussi.
Langue et musique
Langue et musique bien sûr vont ensemble. C’est affaire de sonorités orchestrées très profond. La matérialité sonore des langues dit sans doute des choses que le sens apparent ne dit pas. Il faut écouter avec les oreilles cardiaques.
Et bien sûr se sentir totalement en accord avec Hélène Cixous quand elle écrit : « J’ai passion, gourmandise, dès que je lis, pour les mots, les tournures, en toutes les langues. Je suis profondément plurilingue. » (HC.CW.41)
Changer de langue
Entrer dans une autre langue « c’est un tel déracinement chaque fois et en même temps la chance de changer de destin, de continent, de cerveau ! » (HC.CW.42)
Hélène Cixous qui ajoute quelque part cela, qui correspond tellement à mon expérience quand, par hasard (ou pas vraiment !) je rencontre un mot allemand au fil de mes lectures : « les mots allemands ont un charme particulier pour moi : ils me semblent toujours revenir, être des mots retrouvés, sauvés. » (HC.CW). Il est vraiment très étonnant que j’éprouve souvent ce même sentiment puisque je n’ai, moi, aucune raison personnelle. Je n’ai pas été baignée dans la langue allemande dans mon enfance, mes parents ne parlent pas allemand, nous n’allions pas en Allemagne, n’avions pas d’amis allemands.
Drone
Étonnée de l’usage que fait Jacques Donguy, dans son intéressante biographie de La Monte Young, de ce mot dans le sens de bourdon (en musique), je constate qu’il a pleinement raison et que cette acception est même celle d’origine. Wiktionnaire : « Emprunt à l’anglais drone (« faux bourdon »). L’analogie provient de la lenteur et du ronronnement émis par les premiers appareils.°» Il est rare qu’un terme musical en vienne à désigner un engin militaire !
Lucas Debargue
Parution du premier disque du jeune pianiste Lucas Debargue après son triomphe au concours Tchaïkovski l’été dernier. Ses Scarlatti sont magnifiques, il y a aussi une Pièce lyrique de Grieg superbe. Quant au « Gibet°» du Gaspard de la Nuit, il est à la fois effrayant et bouleversant et met les larmes aux yeux.
Nikolaus Harnoncourt
Les numéros d’avril de Diapason et de Classica consacrent, chacun, un beau dossier à Nikolaus Harnoncourt : « Si vous avez un but élevé et digne, essayez encore et toujours même s’il vous semble hors de portée. »
Citation aussi de W. Furtwängler : « La pédanterie des sciences de l’art participe de notre emprisonnement intellectuel. On a parfois l’impression que la science est là pour réprimer tout le productif de son époque, pour l’anéantir. C’est un manque crucial de joie de vivre. » (Diapason, n° 645, avril 2016, p. 24)
Et je ne me lasse pas d’écrire le « vrai » nom d’Harnoncourt, si riche de résonances et de sens : Johann Nikolaus, comte de La Fontaine et d’Harnoncourt-Unverzagt. Unverzagt en allemand ? Intrépide, inébranlable.
Harnoncourt qui disait que le dialogue est « le pain quotidien. Tout doit dialoguer, le compositeur et le monde, le monde et la partition, la partition et l’interprète, l’interprète et le public. Plus que changer, tout doit échanger. Dialogue et action se combinent chimiquement. » (Ivan A. Alexandre, ibid.).
Harnoncourt qui m’aide aussi à poursuivre ma réflexion sur le thème musique et langage, car je l’ai entendu dire que les musiciens du Philharmonique de Vienne étaient sans doute les mieux habilités à jouer les Symphonies de Schubert, car il fallait pour bien les interpréter vivre de l’intérieur le dialecte viennois !
Double bind (Nicolas Pesquès).
Chez Nicolas Pesquès, cette phrase percutante : « Le langage restant le premier et le plus puissant double bind de l’humanité toute entière. » (NP.126)
Sur le mot double bind, d’abord, une vérification. C’est bien la double contrainte, l’injonction paradoxale, le fait que soient exprimées deux contraintes qui s'opposent : l'obligation de chacune contenant une interdiction de l'autre, ce qui rend la situation a priori insoluble. Un des moyens de rendre l’autre fou (H. Searle).
→ Il est vrai que Nicolas Pesquès donne sans cesse l’impression d’être sur ce fil du rasoir de l’injonction paradoxale, dire la colline mais ne pouvoir le faire sans la trahir. Il est en permanence confronté à cette aporie, je l’ai déjà plusieurs fois soulignée cette aporie, qui sonne ici comme une double contrainte, dont il tente par tous les moyens, depuis 1980, de sortir sans y jamais parvenir mais en la donnant à lire ; évitant ainsi de se confronter à une situation totalement fermée, à rendre fou. Il cherche « une phrase qui comprimerait pente et pensée en devenant colline et en restant une phrase » (NP.127), autrement dit l’impossible ! Mais il y a la recherche, la démarche, qui elles, sont viables. Sont un projet de vie et d’écriture. D’écriture-vie. « À la fois le parti-pris des choses et ce qu’elles sont : insaisissables. » (NP.126)
→ Mais pourquoi le langage est-il double bind pour l’humanité ? En ce sens que nous devrions accepter qu’il soit la chose et ne puisse l’être ? Qu’il nous fait prendre des vessies pour des lanternes ? Nicolas Pesquès cite plus loin Bougainville, baptisant une île : « Ce n’est qu’en quittant une chose que nous la nommons » (NP.133)
Âme ou corps ?
N. Pesquès s’interroge sur le mot âme, disant qu’il n’a jamais pu l’utiliser : « jamais vu nulle part ce qu’on appelle une âme » écrit-il mais il propose ce subterfuge : « et si mettre chaque fois à la place le mot corps était une solution ? » lequel subterfuge a aussi pour nous, lecteurs, l’effet de mieux faire comprendre la façon dont l’auteur utilise, sans cesse, page après page, ce mot corps pour signifier ce qu’il vit face à Juliau. « Corps dont on réalise que le désir – cet autre versant du mot âme – est l’aliment premier, son moteur faillible et endurant. (…) Corps (…) dieu carné, chair verbale enflammée ».
→ si le mystique est récusé, le spirituel, se dit-on, n’est quand même pas très loin.
Et à ce propos, remarqué l’article très enthousiaste d’Emmanuel Carrère dans le dernier Monde des livres à propos du livre de son ami de toujours, Hervé Clerc, livre qui s’intitule…. La Face Nord de Dieu !!!! (et que j’ai commandé).
Retenir donc peut-être que lisant Pesquès, on peut tenir pour presque synonymes les mots âme, corps et désir. C’est éclairant à bien des égards.
« Corps, façon de concevoir l’inclusion de l’environnement, les galaxies de la pensée ou bien, lui appartenant encore, comme au bout distendu de soi : les trous noirs variables de sa vie, ceux même de sa réflexion, là où s’abîme la phrase. Et même la grammaire. » (NP.136)
Langues de nouveau
Avec Hélène Cixous, qui écrit : « J’ai commencé dans Le Chapitre los à ouvrir mon texte à plusieurs langues. »
→ sujet de discussion récurrent avec Jean-René Lassalle, le plurilinguisme en littérature ! Ce vers quoi je vais aussi de plus en plus. Ne sommes-nous pas tous plus ou moins pétris de langues, plus que les hommes ne l’ont jamais été, ne serait-ce que par la prolifération des moyens de reproduction audio et vidéo ? On pourrait dire que l’hyper communication nous multilingue ! Cette expérience par exemple : regarder une vidéo où trois langues parfois sont présentes, le locuteur parle anglais, il est traduit en allemand par le présentateur et parfois il y a un sous-titre en français, c’est le cas par exemple dans de nombreux documentaires sur la musique et on ne prend même plus conscience du passage d’une langue à une autre. Alors même, soyons clair, qu’on ne parle pas « bien » les autres langues ! Il y a comme un halo des langues, éclairé de plus par les images : « c’est que nous vivons vraiment dans plus l’une langue » (HC.CW.42)
Les traces en cours de disparition
Hélène Cixous fait une réponse détaillée et bouleversante à une très belle question de Cécile Wajsbrot sur le « devoir-archiver, le devoir-retenir ». Elle dit qu’il lui semble qu’elle est « plutôt archéologue ou paléontologue de traces en cours de disparition. » Elle écrit : « J’admire L’Iliade, ce catalogue de la vie et de la mort de centaines de personnes qui toutes se présentent devant l’épreuve de leur jugement dernier en déclinant leur généalogie, leur curriculum vitae, et en espérant survivre, et chaque fois que l’un s’éteint, c’est toute sa lignée et sa mémoire qui va disparaître – non : il y a Homère pour l’enregistrer. » (HC.CW 50)
→ Je pense ici au très beau travail de Christine Jeanney dans son livre Oblique. Ces pages d’Hélène Cixous m’y renvoient constamment ! « C’est comme si on se penchait sur la planète et qu’on entendait le chœur qui se cite, une rumeur d’abeilles, d’oiseaux. ». Un drone ? (au sens « faux bourdon » ?)
Cixous toujours bouleversante quand elle ajoute : « J’ai toujours eu ou plutôt je suis un sentiment archiveur, mais je le perçois comme un instinct plutôt que comme un devoir, je ne sais tout simplement par supporter la vie mordue par la mort autrement qu’en gravant sur les murs de papier Hic fuit. Qu’il y ait au moins du passé. » (HC.CW.51)
→ Je ressens tellement cela dans mon intérêt pour la vie des autres qui est aussi un comment peut-on être persan ? Qui n’est pas du voyeurisme, ni un sentiment altruiste (même s’il peut entrer beaucoup d’affect dans cet élan vers autrui) mais l’essence de ma curiosité, curiosité d’être(s), appétit de sens. Comment chaque vie se vit-elle, comme est-elle possible ?
La volonté
Très intéressée par ce que Jean-François Billeter dans Esquisses écrit à propos de la volonté. « On ne peut avoir de volonté si l’on n’a pas de but. Le but, par contre, crée la volonté. Concevoir le but est le premier aboutissement d’un processus d’intégration qui se mue ensuite en puissance et en volonté d’agir, la puissance et la volonté étant une seule et même chose. »
→ Ce qu’il ne dit pas explicitement ici, c’est que cette intégration doit englober la dimension inconsciente. Ce n’est pas par manque de volonté que l’alcoolique ou le drogué ne parvient pas à s’arrêter de consommer le produit dont il sait très bien qu’il le détruit, c’est parce que le processus d’intégration est resté à un niveau superficiel, n’a pas mis en branle les couches les plus profondes de l’être où se trouvent tapies et terriblement agissantes des forces qui vont à l’encontre du soi-disant désir exprimé.
Beauté, émotion
Nicolas Pesquès : « Beauté, émotion appartiennent aux conséquences. Elles résultent. » (NP.142)
Idée très importante. La beauté, l’émotion ne sont en rien, jamais, le but. Ou alors on est dans la fabrication et la communication, on vend une savonnette ou une chanson. Je redoute cette dérive chez certains jeunes interprètes de musique classique.
Évolution de Juliau
Petite auto-rétrospective de N. Pesquès : « De multiples et méticuleuses descriptions auront longtemps précédé la nervosité des textes jaunes. » (NP. 143)
→ c’est vrai que je « jaune » on l’aura vu débouler, je ne sais plus à quel moment, à quelle étape. Mais je me souviens très bien de l’avoir senti commencer à envahir le champ, à un moment donné (Face nord de Juliau, six ?). Il a fait irruption, à la fois comme la réalité d’une couleur, celle du genêt, mais aussi comme quelque chose d’autre, bien plus difficile à définir : « avec la couleur, on voit bien que la matière continue sans fin, qu’elle se désintègre vers le verbal. ». Même typographiquement, c’est complexe, puisqu’il y a jaune et JAUNE.
Trouble
« La pensée ajoute du trouble à l’objet troublant. » (NP.143)
Et il y a aussi cette « énigme corporelle des sensations qui deviennent des émotions ».
Du mot lecture chez Nicolas Pesquès.
J’ai un peu de mal à percevoir ce que Pesquès appelle « lecture ». Non pas semble-t-il lecture d’un livre mais plutôt celle d’un enregistrement (de l’expérience, du ressenti...). Cela m’a amenée plusieurs fois au bord du contresens.
Ce qui me pousse à exprimer un sentiment éprouvé non pas en lisant le livre mais en y pensant, a posteriori. Il y a dans cette confrontation quelque chose de terriblement fermé, d’étouffant même. J’ai déjà dit la sensation d’un livre brûlant, je dois aussi dire cette sensation d’étouffement. Parce qu’il ne me semble pas y avoir dialogue, il n’y a aucune présence humaine, les seules présences sont quelques animaux, qui passent dans le champ. Il n’y a pas d’écrivains, pas de musiciens, peu de références, sauf il est vrai sous forme d’une poignée de citations, rivées à même le texte par des guillemets, les noms propres, les magnifiques noms propres étant rejetés loin sous forme d’une table à la fin de Juliau treize.
Par contraste, je vais sûrement y revenir, le livre d’Hélène Cixous fourmille de présences, et toujours chez elle présences du présent et présences du passé, propre ou collectif, mêlées. Montaigne et sa mère, Shakespeare et sa tante, mais aussi tous les vivants (mais peu de contemporains, toutefois, il me semble). Feuilletant ce matin Planche d’Antoine Emaz, avant bien sûr de m’y plonger en détail, je vois qu’il consacre un paragraphe à Jaccottet à propos duquel il fait ce même constat. Qui semble le gêner lui, tellement ouvert et attentif au travail de ses contemporains, comme il me gêne, moi : « Jaccottet, ermite. Dans toute cette anthologie, et il en va de même dans ses autres livres, il ne cite presque aucun poète plus jeune que lui (…) comme retranché en lui avec quelques pairs et des statues de sa stature. Sur ce point j’aime décidément mieux Baudelaire et ses Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains ou ses autres écrits de critique littéraire ou esthétique. Au moins il y a prise de risque, positionnement à peu près clair, mains mises dans le cambouis d’époque. »
→ et dieu sait que ce n’est pas facile de mettre les mains dans le cambouis d’époque, pas facile et pas toujours agréable non plus. Antoine Emaz sait le faire, lucidement et courageusement.
Avec Nicolas Pesquès, je suis confrontée à une expérience unique, qui lui est propre, qui débouche sur des vérités qui concernent surtout la petite minorité des chercheurs (quelle que soit la nature de la recherche). Mais pas sans doute tous les êtres humains. Avec Hélène Cixous, je suis dans l’expérience universelle.
Hélène Cixous et toutes ses voix
Cixous avec toutes ses voix dans le cœur et la tête : « mes revenants sont des toujours-vivants : des êtres et des choses-êtres qui viennent témoigner que la mort n’est pas un château-fort souterrain, que l’amour, l’amitié, la télépathie, l’écriture ont des pouvoirs surnaturels et réels. Que les êtres finis ont des ressources d’infini. (HC.CW.53)
Hélène Cixous qui ajoute : « quoi de plus bouleversant, de plus rassurant, que la revenance : ce qui est fini n’est pas fini. On retrouve ce qu’on croit perdu. (…) Certains lieux (qui sont des lieux-êtres) plus j’y reviens plus ils croissent en charme, en profondeur. »
Et elle propose : rêvenir ! Et on voudrait supprimer les accents circonflexes !
La répétition
« Je reviens à cette expérience d’accroissement, que le retour, la répétition, produit, et c’est merveille : plus on y revient, plus le sujet prend forces et pouvoirs. ». (HC.CW.54)
→ c’est si vrai dans le domaine de la musique, ou tout retour à une musique se déploie dans l’opulence des écoutes antérieures, les revivifie, les accroit. Et je ne parle pas ici des musiques répétitives, que j’ai toujours aimées, je l’assume et alors que je suis plongée dans une intéressante biographie de La Monte Young par Jacques Donguy. La Monte Young qui prônait que la répétition statique, la très longue tenue de très peu de notes étaient seules en mesure de nous faire comprendre, ressentir ce qu’est en vérité le son.
La mémoire
A propos des maisons ou des lieux où nous avons vécu, où nous sommes passés, Hélène Cixous dit que c’est un peu comme s’il y avait « hors de nous une mémoire qui garde et cultive, greffe, étend tous les moments d’être que notre existence, agitée et linéaire, dont nous sommes les otages, expulse chaque jour. »
De vrais lieux de mémoire ceux-là, lieux pour notre mémoire, pour alimenter l’immense réseau caché de notre économie intime. (HC.CW.54)
Téléphone
Hélène Cixous dit souvent, elle le dit ici encore, à propos de ces grands écrivains qu’elle chérit et lit sans cesse, qu’ils sont pour elle des vivants permanents : « ils me téléphonent ou m’écrivent plus souvent que mes propres enfants. Ils sont les habitants et les hôtes du pays des pays, le pays littérature. Ils y demeurent et m’y attendent. Co-vivants et dé-mourants. » (HC.CW.56)
Et je me souviens que dans le film Mission Mozart, Harnoncourt dit à un moment à son orchestre qu’il a « téléphoné hier soir à Mozart » et que ce dernier est content.
Walter Benjamin
Forte émotion de voir à la télévision un homme qui porte ce nom-là, exactement, Walter Benjamin ; il a été blessé lors des attentats de Bruxelles, amputé d’une jambe.
L’inatteignable
Dans une de ses questions à Hélène Cixous, Cécile Wajsbrot écrit : « Je me heurterai toujours à une limite, à l’inatteignable de la langue ». C’est toute la différence, dit-elle, entre connaître une langue dès l’enfance (ce fut le cas d’H. Cixous) ou l’apprendre après.
→ Musique, allemand ne furent pas originels, ne seront jamais miens, vraiment, resteront des chimères, infiniment désirables. Inatteignables.
Juliau
J’aborde Juliau 14 et son début crucial pour comprendre la démarche du poète. Il parle d’ailleurs d’autobiographie et fait mention de deux évènements, datés, et précisément situés : l’évènement dit first sight, en juillet 1967 et l’évènement dit « viens », en septembre 1971. Le premier s’est produit à Oxford, le second à Amsterdam. Il semblerait, j’avance avec précaution, qu’il y ait eu à un moment donné, 1969, une « absence de langage », une sorte de retrait ou d’impossibilité de la parole. Le mot aphasie n’est pas prononcé. On ne sait pas si ce retrait, dont il est dit aussi qu’il est simple suspension est le fruit d’une décision ou le fait d’une incapacité. Oxford et ses suites, le chancèlement dévastateur. Amsterdam et son incalculable, désastreuse et bénéfique conséquence. (NP.167) « Tout sentir, tout entendre et tout dire, et cela sans un son, comme si on pouvait se les adjoindre in absentia – les sons, le langage – qu’ils soient inclus par écrasement, augmentés sous l’union.
On voudrait qu’écrire puisse être à la hauteur de cette force, offrant à la lecture l’ensemble des sensations possibles, pas à pas, phrase à phrase.
Déclenchant un jaune total, une colline absolue. Déplaçant la foudre en lecture complète. » (NP.170).
On songe bien sûr à ces grandes crises vécues par certains auteurs, Claudel, Valéry et sa Nuit de Gênes, par exemple. Quelque chose saute au visage, dévaste puis oriente différemment le fil de toute la vie et la direction de l’œuvre. Quand cela ne l’engendre pas.
Anges de mémoire
Passer une fois encore de Nicolas Pesquès, dont je soutiens la lecture de plus en plus brièvement, à Hélène Cixous qui m’apaise. Cixous est une femme, Pesquès un homme, peut-être que nous ne parlons pas tout à fait la même langue, lui et moi ?. Je me suis fait en effet la réflexion du côté très masculin de la démarche de Pesquès, qui écrit p. 150 : « J’aimerais pouvoir répondre pour les Juliau : "Non, pas du jaune, du sperme" ».
À propos des langues, Cixous écrit, elle : « J’éprouve des jouissances extrêmes avec les trois langues que je peux lécher et étudier avec ma langue. Cela est tout érotique. Je jouis – de l’anglais, en anglais, en allemand – j’aime le français quand je peux en jouir, autrement dit quand il m’arrive, un peu étranger, et d’abord rythme, musiques. J’écris au rythme, cela fait loi en moi. C’est très sensuel. Les langues sont des anges à mémoire. Elles gardent et répètent le pas de Kleist, ou celui de Büchner ou celui de Stendhal, le souffle, la course. (HC.CW.66)
Les mots
Cela encore, sous la plume d’Hélène Cixous, en contradiction avec mes autres lectures, qui jettent une si dure suspicion sur les mots ! : « Ma famille aimait jouer des langues. On accordait attention et valeur à la force des mots. (…) Quel moyen de transport vers les profondeurs, que d’échelles souterraines et aériennes : les mots, je les remonte jusqu’à la racine. Ils sont tout jeunes et millénaires. Je leur demande toujours d’où ils viennent, ils portent le temps comme un pollen sur leur corselet. Et puis ils sont métis. Si seulement ces malheureux Français obtusément nationalistes comprenaient qu’ils ne prononcent pas une phrase qui ne soit pas de poly-origine, qu’il y a de l’arabe dans leur langue ! Mon français a des oreilles d’or. Il entend passer les autres vivants à des kilomètres. » (HC.CW.67)
La réalité même
« La littérature était la réalité même » écrit Cixous évoquant ses années d’enfance et d’adolescence. Quelle évidence pour moi ! Le cinéma aussi est la réalité et c’est pourquoi je ne le supporte plus. Je n’ai jamais cru à l’artifice de la narration, au comme si. Ce qu’on me dit, me raconte, me montre, je le tiens pour vrai et réel. Sans restriction.
Les langues, la musique, le désastre
Entendant Cixous parler de l’anglais, cette autre langue qu’elle connait admirablement (elle a fait une thèse sur James Joyce), je prends conscience de l’empêchement qui fut mien. Doublement et pour une question d’oreille. Je chantais faux, me dit-on et je ne me suis donc jamais permis de chanter et surtout pas dans un chœur, je fus hors-cœur) ; j’avais, par ailleurs, un accent affreux en anglais, dès les premiers mots appris. Anglais qui était parlé impeccablement à l’époque par qui m’enfermait dans ce dire invalidant. Je souffrais, parait-il, d’incompétence congénitale (lignée paternelle) pour les langues. Le piano m’évita sans doute d’être exclue de la musique mais je fus ainsi condamnée à la solitude musicale. Ni chœur, ni musique d’ensemble. Et la voix chantée m’est restée très problématique, elle était aussi violemment rejetée par ma mère, prompte à parler de dégueulando, à propos de telle cantatrice ! Elle employait d’ailleurs ce terme à contresens, le rapprochant involontairement d’une sorte de débondage oral, de dégobillage, alors même qu’il est attesté dans le domaine musical, comme un portamento ou glissando vers le grave.
J’ai néanmoins fini par trouver une voie (et une voix aussi) pour les langues étrangères, en m’adonnant à une langue inconnue dans ma famille et qu’on ne peut donc me reprocher de mal dire par manque d’oreille (mais peut-être que j’ai désormais l’oreille cardiaque…) Et j’ai beaucoup travaillé à partir du dire subtil et porteur d’un professeur de musique : si on chante faux, c’est qu’on n’entend pas bien et ça peut très bien se travailler. Je l’ai fait, patiemment, et il m’arrive… de chanter, juste je crois !
Bilinguisme
« Il y a longtemps que je suis pour le bilinguisme, comme langue minimale » écrit encore Hélène Cixous. « Au moins deux et on voit le monde autrement. (…) Nous sommes destinés, politiquement, éthiquement, à dépasser les frontières, la clôture nationale. » (HC.CW.91)