Régulièrement, dans un lieu chargé d’histoire littéraire, Marc
Delouze
accueille des poètes pour une lecture. Cela se passe à
l’espace Boris Vian, à deux pas de la place Clichy en plein Paris, là-même où
vécurent et Boris Vian et Jacques Prévert.
Têtes d’affiche, en ce dimanche glacial du 12 décembre 2004,
Mireille Fargier-Caruso et Zéno Bianu. Appuyés dans leurs lectures respectives
par l’accordéoniste Maxime Perrin.
DR FT
Mireille Fargier-Caruso, citée de nombreuses fois dans l’almanach poétique de zazieweb ouvre le feu poétique avec de larges extraits prélevés dans une œuvre déjà abondante. Une voix sobre, sans apprêt pour dire des textes qui questionnent le monde. Question, tel est bien le mot : on note que souvent les poèmes de Mireille Fargier-Caruso commencent par une interrogation. « Qui parle /dans nos corps ?/Qui creuse/sans aucun bruit/qui officie/dans notre dos ? / Qui décide/de la beauté/de son effondrement ? ». Structure ouverte de son poème, accueillante, qui invite le lecteur à partager ce moment singulier d’une impression, d’une contemplation, d’une réflexion, d’une interrogation, parfois mais plus rarement d’une révolte. Questionnement sur le sens mais jamais loin des choses et de la réalité, « Des paniers de mûres/aux flocons de neige/petit tas de jours/on fait comme si/on avait du temps/mais ça gagne »….
Avec l’auteur de Manifeste électrique Zéno Bianu
changement de registre même si certaines approches semblent communes. Là où la poésie de Mireille Fargier-Caruso a quelque chose de nu, de dépouillé, celle de Zéno Bianu s’offre comme une coulée – cascade, lave, magma, métal en fusion, avalanche - . Selon des modalités diversifiées mais choisies très souvent en raison d’une rencontre. Cette poésie est traversée, sillonnée, nourrie d’échanges et de confrontations. Avec des artistes vivants ou morts, Van Gogh, Michel Mousseau, Pollock, Cy Twombly mais aussi Marlène Dietrich, Pierre Étaix, Georges Méliès, Duke Ellington….. et tant d’autres, objets de livres entiers ou figures évoquées au fil des pages… Il y a aussi le monde de la science, astrophysique et mécanique quantique « la danse des planètes/la danse des atomes ». Le texte est mis en scène, projeté avec une sorte de jouissance des mots, revendiquée et affirmée « J’aime les mots/je les ai toujours aimés/je les caresse, je les goûte, je les avale […] écoutez comme ils vivent dans la voix/comme ils bourdonnent en nous/comme ils feulent ». Lecture mise en scène donc et magnifiquement soutenue, sporadiquement, par l’accordéon de Maxime Perrin, en nappes ou fulgurances musicales sur fond d’ostinato envoûtant.
Un très beau moment de poésie qui donne envie d’explorer plus avant l’œuvre des deux poètes.
Marc Delouze annonce pour la fin janvier une séance « un
peu particulière » autour de l’écriture de Bernard-Marie Koltès.
DR FT


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