Hier soir, 9 mars 2005, au Palais-Bar dans le Xe
arrondissement de Paris, André Velter et Jean-Baptiste Para présentaient, en
présence de Jean-Pierre Verheggen et de Zéno Bianu , le recueil Passeurs de
mémoire, publié dans la collection Poésie/Gallimard à l’occasion de
ce Printemps des Poètes (voir l’article que j’ai consacré à la présentation
succincte de ce recueil en attendant une note de lecture plus détaillée).
Évènement qui somme toute aurait pu avoir quelque chose de circonstanciel et de banal n’étaient les idées et perspectives qui ont été soulevées et ouvertes.
André Velter a raconté succinctement l’histoire du projet : il s’agissait de demander à un poète contemporain de choisir un poète du passé (de l’Antiquité à Apollinaire), de le présenter et de sélectionner quelques extraits de son œuvre. Première surprise pour les maîtres d’œuvre du projet : le « taux de réponse » très élevé. A peine 50 demandes pour 43 réponses. Seconde surprise, un seul doublon. Troisième surprise, l’originalité des choix et le fait que certains des poètes choisis sont très peu connus. Quatrième surprise : le très grand intérêt des présentations écrites par des poètes pourtant très différents mais dont la plupart, loin de l’exercice convenu de type scolaire ou universitaire, se sont impliqués profondément dans leur texte pour dire les raisons personnelles, par rapport à leur vie et à leur écriture, de leur choix. Dernière surprise enfin, la répartition des poètes choisis, avec une forte représentation de la fin du Moyen-Age et de la Renaissance, au détriment du « cœur romantique ». André Velter souligne au passage que tous ces choix, -poètes et époques- reflètent bien l’esprit de la collection Poésie/Gallimard qui associe des « canoniques » à des écrivains beaucoup moins connus. Parmi les alliances inattendues sont citées celle de Valérie Rouzeau avec Agrippa d’Aubigné, de Sophie Loizeau avec Pierre Louÿs ou encore celle de Franck Venaille avec Jules Laforgue ce qui fait dire à Jean-Baptiste Para que cela lui a permis de découvrir une « note laforguienne » chez Venaille !
On est donc loin du recueil de circonstances, plus ou moins « biodégradable ».
D’où l’idée évoquée d’une pérennisation en une sorte de « feuilleton
permanent ». Il s’agirait de s’appuyer sur les poètes pour faire connaître
les poètes du passé afin de pouvoir ainsi, selon la belle expression de
Jean-Baptiste Para « maintenir notre vie sur un chemin de
métamorphose ».
Il y a une dimension éthique et esthétique dans ce projet qui va à contre-courant d’une tyrannie du présent et du « mutisme et de la décrépitude de la fonction critique » : il ne faut pas « céder un pouce de ce cœur poétique là ». Avec une dimension pédagogique, étant entendu que les poètes ont à dire sur la poésie des choses différentes mais complémentaires de ce peuvent dire les professeurs, parce qu’ils les lisent à partir de leurs propres préoccupations. Il y a dans cette idée de faire des poètes d’aujourd’hui des passeurs de mémoire une profondeur qui fait souhaiter qu’elle ne soit pas l’idée d’une seule saison : « les poètes contemporains ce sont les poètes qu’on lit. Qu’ils aient vingt siècles ou un jour ».

Au terme de cet échange, Zéno Bianu a lu quelques haïku
de Kobayashi Issa (1763-1827) puis
Jean-Pierre Verheggen a évoqué Hélinand de Froidmont (1160-1229)
Et nous, spectateurs, de rêver à une assemblée des 86 poètes présents dans Passeurs de mémoire, à la manière de l’École d’Athènes, la toile de Raphaël.
©florence
trocmé – 2005
photos florence trocmé, de haut en bas André Velter, Jean-Baptiste Para, Zéno Bianu (à gauche) et Jean-Pierre Verheggen (à droite).
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