Pour célébrer une importante parution en Poésie/Gallimard, celle d’un recueil
anthologique de 450 pages d’un des plus
grands poètes brésiliens et d’un des plus grands poètes de langue portugaise,
Carlos Drummond de Andrade. C’est une très belle édition, riche de dizaines de
poèmes repris dans l’ordre quasi chronologique adopté par Drummond lui-même
pour les deux volumes des Nova
Reuniao, édités en 1983 et qui rassemblaient dix-neuf de ses recueils
(voir la note
bio-bibliographique).
Cette anthologie reprend, révisée, la traduction du volume Poésie paru en 1990 dans la collection Du
monde entier, de Gallimard. Le livre paraît à l’occasion de l’année du Brésil
en France.
AIMER
Que peut une créature sinon,
entre créatures, aimer ?
aimer et oublier,
aimer et malaimer,
aimer, désaimer, aimer ?
aimer, et le regard fixe même, aimer ?
Que peut, demandé-je, l'être amoureux,
tout seul, en rotation universelle, sinon
tourner aussi, et aimer ?
aimer ce que la mer apporte à la plage,
ce qu'elle ensevelit, et ce qui, dans la brise marine,
est sel, ou besoin d'amour, ou simple tourment ?
Aimer solennellement les palmiers du désert,
ce qui est abandon ou attente adoratrice,
et aimer l'inhospitalier, l'âpre,
un vase sans fleur, un parterre de fer,
et la poitrine inerte, et la rue vue en rêve, et un oiseau
de proie.
Tel est notre destin : amour sans compter,
distribué parmi les choses perfides ou nulles,
donation illimitée à une complète ingratitude,
et dans la conque vide de l'amour la quête apeurée,
patiente, de plus en plus d'amour.
Aimer notre manque même d'amour, et dans notre sécheresse
aimer l'eau implicite, et le baiser tacite, et la soif infinie.
Carlos Drummond de Andrade, in Claire
Enigme de 1951, in Carlos Drummond de Andrade, La machine du monde et autres
poèmes, traduit du portugais (Brésil) et présenté par Didier Lamaison,
Poésie/Gallimard, n° 410, 2005, p. 132.
AMAR
Que pode uma criatura senão,
entre criaturas, amar?
amar e esquecer,
amar e malamar,
amar, desamar, amar?
sempre, e até de olhos vidrados, amar?
Que pode, pergunto, o ser amoroso,
sozinho, em rotação
universal, senão
rodar também, e amar?
amar o que o mar traz à praia,
e o que ele sepulta, e o que, na brisa marinha,
é sal, ou precisão de amor, ou simples ânsia?
Amar solenemente as
palmas do deserto,
o que é entrega ou adoração expectante,
e amar o inóspito, o áspero,
um vaso sem flor, um chão de ferro,
e o peito inerte, e a rua vista em sonho, e
uma ave de rapina.
Este o nosso destino: amor sem conta,
distribuído pelas coisas pérfidas ou nulas,
doação ilimitada a uma completa ingratidão,
e na concha vazia
do amor a procura medrosa,
paciente, de mais e mais amor.
Amar a nossa falta mesma de amor, e na secura nossa
amar a água implícita, e o beijo tácito, e a sede infinita.
(version originale trouvée sur ce site, sur
lequel on peut entendre Drummond lire certains de ses textes)
Rédigé par : cleo | dimanche 20 mai 2007 à 23h26