Je me permets de
reproduire en partie un poème que je viens de trouver dans l’excellente petite
revue En vue, qui présente chaque mois
les rendez-vous des bibliothèques de la Ville de Paris (une vraie mine que ces rendez-vous, soit dit en passant !).
Je reproduis ce poème
pour une double raison : faire participer Poezibao à l’année du Brésil
mais aussi indirectement faire mémoire de celles des victimes de Katrina qui
sont descendants des esclaves venus jadis d’Afrique et dont tant et tant
travaillèrent dans les plantations de coton ou de canne à sucre.
Ce sucre blanc qui
adoucira mon café
en ce matin d’Ipanema
n’a pas été produit par
moi
Il n’a pas surgi dans le
sucrier par miracle.
[...]
Ce sucre est venu
de l’épicerie du coin et
ne l’a pas fait non plus Oliveira,
le propriétaire de
l’épicerie.
Ce sucre est venu
d’une usine à sucre de
Pernambouc
ou de l’État de Rio
et ce n’est pas non plus
le propriétaire de l’usine qui l’a fait
Ce sucre était de la
canne
Il est venu des vastes
plantations
qui ne poussent pas par
hasard
au creux de la vallée.
Dans des lieux lointains,
où il n’y a pas d’hôpital
ni d’école,
des hommes qui ne savent
pas lire et meurent
à vingt-sept ans
ont planté et cueilli la
canne
qui allait devenir sucre.
Dans des usines sombres,
des hommes à la vie amère
et dure
ont produit ce sucre
blanc et pur
avec lequel j’adoucis mon
café ce matin à Ipanema.
Ferreira Gullar, Dans la
nuit véloce, choix de poèmes,
1950-2001, traduit du brésilien par L. Gonçalves et D. Lamaison, éd. Eulina
Carvalho, 2003. Éditions Eulina Carvalho (32, boulevard de Strasbourg - 75010
Paris France - Tél./fax : 00 33 1 39 53 02 23)
in En Vue, n° 8 de
septembre/octobre 2005, p. 9.
O branco açúcar que
adoçará meu café
nesta manhã de Ipanema
Não foi produzido por mim
nem surgiu dentro do açucaceiro por
milagre.
[...]
Este açucar veio
da merceraia da esquina et tampouco o fez o
Oliveira,
dono da mercearia.
Este açúcar veio
de uma usina de açúcar em
Pernambuco
ou no Estadodo Rio
e tampouco o fez o dono da usina
Este açúcar era cana
e veio dos canaviais
extensos
que não nascem por acaso
no regaço do vale.
Em lugares distantes,
onde não há hospital
nem escola,
homens que não sabem ler
e morrem
aos vinte e sete
anos
plantaram e colheram a cana
que virana açúcar.
Em usinas escuras,
homens de vida amarga
e dura
produziram este
açúcar
branco e puro
com que adoço meu café
esta manhã em Ipanema.
Ferreira Gullar est né en
1930 et est considéré comme une des grandes voix de la poésie brésilienne.
Poète engagé, persécuté et exilé à Paris et à Buenos Aires après le coup
d’Etats militaire de 1964, sa poésie devint un temps, militante. Mais Gullar est
aussi un poète-philosophe.
pour les lecteurs du portugais (mais aussi pour les
nombreuses photos), le
site officiel du poète
sur
le site des éditions Eulina Carvalho (français)
En français encore
La librairie portugaise et les
éditions Chandeigne
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