Deux textes de Lionel Richard :
arbeit macht frei
j’oublie le matin qui s’ouvre sur votre rosée
fleurs sans grâce mots défigurés
sur la terreur et le mensonge
nuit de silence nuit sanctifiée
les cœurs de noël leur sont bien arrivés
comme des blattes sur un mur
les ont écrasés
et la lumière c’est la nuit
car les mots se sont perdus avec eux
dans l’anus du monde qu’ils se sont inventé
(p. 22)
(faut-il rappeler que "arbeit macht frei"
autrement dit, "le travail rend libre", était l’inscription portée par les nazis
à l’entrée des camps de concentration ?
L’oubli des lâches
un monstre aux dents de fer mord ma mémoire
m’éclabousse de noms qui n’ont pas d’histoire
modèles où je plie dettes de survie
simples noms sur lesquels ma force vacille
et dont je n’ai pourtant que fumée pour images
milliers de souvenirs qui êtes miens
sans m’appartenir
cessez donc
de me picorer le foie
vous ne succomberez pas à l’oubli des lâches
(29)
Lionel Richard, Marchandises non dédouanées, Didier Devillez éditeur, 2001.

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