WALDSHUT
Descendre des montagnes froides de la Forêt-Noire pour,
un jour d´avril, marcher au bord du Rhin
à l´entrée de la ville
un pont haut au-dessus d´une rivière coulant à flanc de colline
– y aurait-il encore pour l´homme une possible fierté
d´être homme
au-delà des identités, des nationalités, des définitions établies ?
foule du samedi aux terrasses balayées par un vent glacial
plutôt rêver d´un bestiaire, oubliant les hommes
(de l´autre côté du Rhin
l´immense cheminée d´une centrale nucléaire)
leçons apprises, immense fleuve du présent
s´éveiller
à cela, tendant vers une autre rive
(mais pas pour une contemplation)
panneau Rhein-Promenade
vers l´aval le Rhin continue vers Bâle
(long survol des eaux par un cygne),
assis à un café nous reprenons toi et
moi le récit de la découverte
tout au fond la rivière et sur les versants
de hauts et vieux arbres arrivaient jusqu´à la hauteur du pont
ou bien
bâtiments vus de derrière dans une rue parallèle avec des balcons de bois
peints en blanc
(mais fierté, est-ce le mot ? du moins chaque jour
bonheur du travail accompli d´être homme)
je lis cette phrase d´un livre
qui capte mon attention :
le langage ne commence qu´avec le dialogue
entre Adam et Eve
devant laquelle est stationné un carrosse
ou bien encore
nous sommes arrivés à la porte de la ville en passant sur un pont
avec un martyr et la Vierge de chaque côté
partie vers l´ouest et très large, les premières fleurs aux arbres
ar vey qu´em
vengut als jorns loncs
je vois que nous en sommes venus aux jours longs
quelques paroles lancées dans la fraîcheur d´avril,
oubliant presque ce temps.
Laurent Margantin, Brèches, recueil inédit, sauf pour certains textes parus en recueil.

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