J'ouvre la nouvelle
section de Poezibao, Cartes Blanches, avec une des Chutes de Jacques Ancet.
Jacques Ancet a publié certaines de ces Chutes, j'en donnerai de nombreux
extraits dans le cadre de cette Carte Blanche. Trois merveilleux petits
"cahiers" parus chez Alidades
Le terme de Chutes
pourrait laisser supposer qu'il y aurait là une sorte de rebut, des choses
mineures ou secondaires. Ma conviction est totalement à l'opposé !
La Chute
publiée aujourd'hui est inédite.Elle est datée de l'année 2002.
Jacques Ancet, Chutes
1978 – 2000, trois recueils séparés ou vendus ensemble, (1978-1985 ; 1986-1994
et 1995-2000). Editions Alidades
(Chutes 1, 2 ou 3 : 5,50 € ; Chutes 1, 2, 3 : 16 €.
Sur la fenêtre
Le ciel est une poudre bleue répandue sur les collines où
alternent le vert clair des prés et les taches plus sombres des bois. Au fond,
la buée grise du Salève et au premier plan, la blancheur crémeuse, verdissante
déjà des branches couvertes de fleurs. Et toute cette splendeur au lieu de
s’approcher, d’envelopper, s’éloigne, se retire dans une impassibilité
lumineuse qui rend plus sombres encore
la tristesse et l’angoisse - l’ombre portée de la bêtise et la violence qui,
soudain, efface le jour…
Le poème : son milieu est le langage, son origine et sa
fin la vie. La vie dans le langage, le langage dans la vie - émanation de vie.
Pas de société sans poésie parce que pas de société sans
vie et sans langage. Le poème ne décrit pas, le poème ne raconte pas, le poème
ne pense pas –– il peut le faire aussi, mais ce n’est pas l’essentiel : il
rayonne.
Pas de rayonnement, pas de poème. Des jeux de
construction ou de déconstruction, de modes d’emploi, des péroraisons, des
(é)jaculations, des boîtes à images, des mouchoirs exposés, des fleurs séchées,
etc., pas de poèmes - ce qu’il faudrait
d’ailleurs nommer autrement mais par quel mot, puisque le roman peut rayonner
aussi, un essai, une pièce de théâtre … Et ce qui rayonne là c’est, dans
l’énergie du langage, un passage de vie.
©Jacques Ancet. Chute inédite, 2002
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