Nous vous avions tenu informés
de la controverse suscitée par l'idée de supprimer la double évaluation de
l’épreuve de grammaire par des spécialistes de langue française.
Nous recevons aujourd'hui ce courrier :
"Nous vous avions promis de vous tenir informés des
suites de la lettre ouverte, adressée au président de l’agrégation au sujet de
la grammaire à l’oral. Comme vous le savez, à la mi-octobre, grâce à vos
signatures et après un courrier que nous avons envoyé au Ministère, M. Le
Guillou est revenu sur sa décision et a accédé à notre demande de maintien de
la double évaluation de l’épreuve de grammaire par des spécialistes de langue
française. Tout portait à croire que le jury retrouverait sa sérénité, puisque
les causes du différend étaient aplanies et que nous avions accepté la nouvelle
formule.
Or, par l’arrêté de nomination en date du 23 décembre 2005, nous venons
d’apprendre officiellement notre éviction, soit celle des dix membres de la
commission de grammaire signataires de la lettre au ministre (les sept membres
restants de la commission 2005, auxquels se sont joints trois membres nommés
cet été).
Irrégulier dans la mesure où nous avons participé en
septembre aux travaux de préparation de la session 2006, ce renvoi en cours de
mandat, sans faute professionnelle, de la totalité d’une commission, est unique
dans les annales de l’agrégation. Non seulement il met en péril le déroulement
du concours, dont il rompt la continuité, garante de son sérieux et de son
équité, mais il est illogique : M. Le Guillou sanctionne des membres
du jury parce qu’ils ont défendu une position dont il a, dans les faits,
reconnu la légitimité.
Informés dès la fin octobre des intentions de M. Le
Guillou (ce dernier ayant fait savoir à certains d’entre nous qu’il
voulait « anticiper le renouvellement partiel des membres de la
commission »), nous n’avions pas jugé utile de rendre public ce qui
n’était alors qu’un projet, souhaitant préserver jusqu’au bout les chances d’un
retour au calme. Mais ni l’intercession des quatre derniers présidents de la
commission de grammaire, ni les courriers collectifs d’autres membres du jury
n’ont pu infléchir la décision de M. Le Guillou, qui de toute évidence a
préféré le règlement de compte personnel à l’apaisement.
Inutile de préciser que, jusqu’à présent, contrairement
aux motifs allégués par M. Le Guillou pour justifier notre éviction, nous
n’avons jamais, dans aucun de nos textes, mis en cause l’autorité du Président,
ni sollicité la presse, ni entravé les travaux du jury. Nous n’avons fait
qu’informer nos collègues d’une décision qui les concernait, et que nous
jugions grave de conséquences pour la juste évaluation des candidats et pour
notre discipline. Rappelons également que nous avons eu recours à la lettre
ouverte uniquement parce que M. Le Guillou avait refusé d’emblée tout dialogue,
Gilles Philippe, président de la commission en 2005, n’ayant reçu pour toute
réponse à sa demande d’audience qu’une invitation à démissionner.
Nous tenons à remercier chaleureusement les très nombreux
collègues qui, ayant été sollicités pour nous remplacer au jury alors que nous
en étions encore officiellement membres, ont refusé de cautionner l’exclusion
qui se préparait. Il reste qu’au bout de deux mois de recherche, la nouvelle
présidente de la commission de grammaire, Mme Violaine Géraud, nommée par le
Président Le Guillou pour mettre en œuvre ses décisions, est parvenue à trouver
huit collègues (nous étions douze en 2005) qui ont accepté de siéger dans une
commission de remplacement. Ajoutons que cette commission restreinte,
constituée sur le seul critère de l’acceptation de notre éviction, contrevient
au principe d’équilibre géographique et disciplinaire que les présidents des
quinze dernières années avaient rigoureusement observé : désormais, deux
universités (Lyon-III et Paris-IV) représentent à elles seules les deux tiers
de la commission, composée dans sa quasi-totalité de stylisticiens, en
l’absence de spécialistes de grammaire et de linguistique françaises.
Notre intérêt personnel bien compris eût été assurément
d’accepter la nouvelle donne, et d’achever notre mandat sans nous préoccuper de
la suite : ce n’est pas le choix que nous avons fait. Au-delà de notre sort
individuel, l’issue de cette affaire laisse en suspens des interrogations, que
nous livrons à la réflexion de chacun :
- Un concours national
est-il la propriété d’un président de jury, qui peut, sans concertation aucune,
décider d’en modifier les équilibres internes et les contenus disciplinaires ?
- La
tentative initiale de marginaliser la grammaire dans un concours de recrutement
de professeurs de français relève-t-elle d’une erreur circonstanciée, ou d’un
projet inavoué visant à l’appauvrissement des exigences en matière de savoir
grammatical et susceptible de resurgir à la première occasion ?
Claire Badiou-Monferran, MCF Université Paris
IV- Sorbonne.
Eric Bordas, MCF Université Paris III-Sorbonne
nouvelle.
Stéphane Chaudier, MCF Université de
Saint-Etienne.
Thomas Clerc, MCF
Université Paris X- Nanterre.
Jacques Dürrenmatt, PU Université de
Toulouse-Le Mirail.
Lucile Gaudin, MCF Université de
Nice.
Anna Jaubert, PU Université de
Nice.
Philippe Monneret, PU Université de
Bourgogne-Dijon.
Eric Pellet, PRAG Université Paris XII-Créteil.
Valérie Raby, MCF
Rédigé par : J.-L. Fort | samedi 08 avril 2006 à 22h01