Pour
célébrer l'année Senghor (centenaire de sa naissance, en 1906), ainsi que la
parution dans la toute nouvelle collection Points/Poésie d'un fort volume
consacré à l'intégralité de son œuvre poétique.
L'homme et la bête
(pour
trois tabalas ou tam-tams de guerre)
Je te nomme Soir ô Soir ambigu, feuille mobile je te nomme.
Et c'est l'heure des peurs primaires, surgies des entrailles d'ancêtres.
Arrière inanes faces de ténèbre à souffle et mufle maléfiques !
Arrière par la palme et l'eau, par le Diseur-des-choses-très-cachées !
Mais informe la Bête dans la boue féconde qui nourrit tsétsés stégomyas
Crapauds et trigonocéphales, araignées à poisons caïmans à poignards.
Quel choc soudain sans éclat de silex ! Quel choc et pas une étincelle de
passion.
Les pieds de l'Homme lourd patinent dans la ruse, où s'enfonce sa force jusques
à mi-jambes.
Les feuilles les lient des plantes mauvaises. Plane sa pensée dans la brume.
Silence de combat sans éclats de silex, au rythme du tam-tam tendu de sa poitrine
Au seul rythme du tam-tam que syncope la Grande-Rayée à sénestre.
Sorcier qui dira la victoire !
[...]
Léopold Sédar Senghor, Ethiopiques, (incipit), Points
Poésie, 2006, p. 103 et 104.
fiche
bio-bibliographique
Rédigé par : hélène- | vendredi 17 mars 2006 à 14h22