Jean-Marie Perret publie de nombreuses et riches notes de lecture de livres de poésie sur son site Bleu de Paille. Il a bien voulu me confier celle-ci et je l'en remercie chaleureusement.
Le titre de cette anthologie (celui d'un recueil de 1987) annonce le genre :
poésie alerte, désinvolte, frondeuse, d'un féminisme voyant,
"parodique" même, a-t-on pu dire. Comme l'est le pseudonyme,
"antipoétique" au possible...
Il y a partout dans ces pages quelque
chose d'acide et de troublant :
« bien
que je sois
une poétesse pop
et n'aie pas d'amants
j'aime à m'endormir
à me souvenir de toi
de comment tu me souriais
de comment tu me regardais
si mes poèmes
ont contribué à ça
ils sont excellents » (S'endormir)
Adília Lopes, outre la famille lusophone, a intéressé de nombreux pays, avant
d'être lisible enfin en français grâce à cette heureuse anthologie. Le volume,
bilingue, comporte vingt pièces extraites de neuf livres parus en portugais de
1987 à 1999. La traduction s'est faite, selon le principe d'Atelier 7, par
collaboration avec l'auteur de plusieurs traducteurs. Le corpus ainsi réuni
donne l'idée d'un parcours cocasse et tendre, égocentrique, très piquant.
Sophie Calle un peu, Tim Burton peut-être ? Le mélange des « sujets » fait en
effet très « post-moderne », pour autant qu'on est post-moderne depuis Leonor
Fini ou Dada. Quant aux titres, ils nous invitent à muser : La combinaison, La
substitution, La robe couleur de saumon, Les malheurs de la poupée de Sophie,
Ecclésiaste, La sirène aux jambes difformes, Un mongolien se réjouit,
Préoccupation avec mes cheveux, Phèdre est amoureuse, Boddy Art... La deuxième partie, rassemblant des extraits
de Florbela
Espanca Espanca (1999),
juxtapose Marianna Alcoforado (dans des stances) et la chatte Ofélia (en
prose)...
Rien n'oblige donc à être excessivement sérieux ici dans sa lecture, si ce
n'est pour, ayant soigneusement suivi les chemins de cette nouvelle Alice
lisboète (née dans la capitale en 1960), et apprécié les cornes qu'elle fait à
un monde bancal, cueillir l'incomparable merveilleux qui sourd de ces
breloques, de ces fredaines :
...«
je pense à toi
mon mari
nous n'avons pas vécu
au même siècle
ni dans la même ville
jamais nous ne nous sommes croisés
parce que nous n'avons pas pu
nous nous sommes cherchés
l'un l'autre
baignés de larmes
à voir les autres s'aimer
n'importe comment »... (Deux cyprès)
©Jean-Marie Perret.
Sélection de sites due à Jean-Marie Perret, je recommande tout particulièrement les deux liens vers Sitaudis.
Portraits, extraits, notes, entretiens en français : Sitaudis 1 & 2 - En portugais : A, B, C, D, E, F, G - En allemand : H, I. En anglais : J, K, L, M...
Adília Lopes,
Au pain et à l'eau de
Cologne,
bilingue, par un groupe de traducteurs,
108 p, 14 €.
Al Dante, 2005
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