Le piéton
Je sens toujours un invincible effroi;
J’aime l’hirondelle élancée dans l’air
Et le clocher dont le vol se déploie.
Et pareil au piéton d’autrefois,
Sur la passerelle de l’abîme grand ouvert
J’écoute la neige qui roule et croît,
Et l’éternité sonne à l’horloge de pierre.
Hélas ! je ne suis pas ce voyageur
Qui apparaît sur les feuilles déteintes,
Et la tristesse en moi chante sans feinte.
Non, l’avalanche en montagne n’est pas un leurre,
Et au son des cloches toute mon âme s’ouvre…
Mais la musique ne peut pas sauver du gouffre !
Ossip Mandelstam, (La) Pierre, les premières poésies, (1906-1915), Circé
2003, p. 63
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