La Fondation Saint-John
Perse présente
du 11 avril au 29 juillet 2006
"La Pléiade de Saint-John Perse : un autoportrait poétique".
vernissage le jeudi 11 mai à 18 h 30.
Fondation Saint-John Perse, Aix-en-Provence
Et vous pouvez me dire : Où avez-vous
pris cela ?
- Textes reçus en langage clair ! versions données sur
deux versants ! …Toi-même stèle et pierre d’angle !… Et
pour des fourvoiements nouveaux, je t’appelle en litige
sur ta chaise dièdre,
Ô Poète, ô bilingue, entre toutes choses bisaiguës, et
toi-même litige entre toutes choses litigieuses - homme
assailli du dieu ! homme parlant dans l’équivoque !… ah !
comme un homme fourvoyé dans une mêlée d’ailes et
de ronces, parmi des noces de busaigles !
Saint-John Perse, Vents II, 6.
Photo Masque de Saint-John Perse, bronze d'Andras
Beck, 1969, droits réservés
Saint-John Perse, maître d’œuvre de
sa « Pléiade »
L’exposition étudie la conception, la composition, la réception et les
visées des Œuvres Complètes de
Saint-John Perse éditées par lui-même en 1972, trois ans seulement avant sa
disparition, dans la prestigieuse collection de la « Bibliothèque de la Pléiade
» chez Gallimard. Cette présentation s’appuie sur les archives de la Fondation
Saint-John Perse ainsi que sur les dernières recherches universitaires.
un cas unique
« La Galerie de La Pléiade n’étant pas d’ordinaire ouverte aux vivants »,
quelques auteurs seulement ont eu le privilège de voir leurs œuvres publiées
sous les ors de la collection (André Gide, André Malraux, Paul Claudel, Henry
de Montherlant, Saint-John Perse, Julien Green, Marguerite Yourcenar, René
Char, Julien Gracq, Eugène Ionesco et Nathalie Sarraute). Ils sont plus rares
encore à avoir bâti eux-mêmes directement ou indirectement leur « Pléiade »
(Saint-John Perse, René Char, Marguerite Yourcenar et Julien Gracq). Parmi ces
derniers, Saint-John Perse se distingue par l’étendue et la complexité d’une
démarche d’autoédition, de surcroît non révélée au lecteur. Ses Œuvres
Complètes ne comportent en effet
ni mention d’éditeur intellectuel, ni préface explicative.
un rêve ancien
L’idée d’une édition de la « Pléiade » est évoquée dès 1945 dans la
correspondance de Gaston Gallimard avec son « auteur » et ami Saint-John Perse.
Le poète caresse vraisemblablement ce rêve depuis longtemps. Apparu dans le
catalogue Gallimard dès la fondation de la maison en 1911, il voit ses « grands
Aînés » Gide et Claudel entrer de leur vivant dans la collection,
respectivement en 1939 et 1947. Sa bibliothèque recèle en outre des «
classiques » de la « Pléiade » qu’il personnalise à l’aide de portraits
découpés dans la presse.
un travail titanesque
Entre l’âge de 78 et 82 ans, Saint-John Perse abandonne son œuvre poétique en
cours pour s’atteler au chantier de la « Pléiade », devenant tour à tour
autobiographe, éditeur, documentaliste, critique littéraire. 5 années de
travail intense lui seront nécessaires, de 1965 à 1970, pour édifier ses Œuvres
Complètes avec l’aide de son
épouse - apprentie dactylo - et de Robert Carlier des éditions Gallimard.
Pressé par Gaston Gallimard d’étoffer une œuvre trop concise et d’apporter au
volume « une valeur éclatante d’inédit », il accompagne ses poèmes d’imposantes
annexes (biographie, prose, correspondance, notes, bibliographie).
préparer sa postérité
Saluée par la critique, la « Pléiade » de Saint-John Perse connaît lors de sa
sortie en 1972 un vif succès. Outre les poèmes longtemps épars, le public
découvre avec surprise la vie de ce poète secret et les « Lettres de jeunesse,
d’Asie et d’exil » adressées à Paul Claudel, Joseph Conrad, André Gide, etc. La
biographie surtout, puis les hommages, les témoignages, les correspondances et
les notes brossent le portrait du « Poète » au sein d’une famille d’élection :
amis, écrivains, grands de ce monde. Ces textes en prose ont aussi pour mission
d’introduire à la poésie de l’auteur, d’en guider la réception.
édifier un monument à la Poésie
Les Œuvres Complètes de
Saint-John Perse dans la « Pléiade » forment une œuvre totale, le « texte
ultime du poète du grand âge » selon le mot de Renée Ventresque. A l’instar de
la biographie, la correspondance se rapproche souvent davantage de la création
littéraire que du document historique. S’il retouche finalement peu sa poésie,
Saint-John Perse fait un usage particulièrement créatif de ses propres lettres
: coupures, réécriture, voire écriture. Au fil des pages, le poète se prend au
jeu. Il ne s’agit pas seulement de façonner sa statue ou d’orienter la lecture
des poèmes. Ce jeu avec l’identité, la réalité, le langage obéit à une
motivation profonde : se hisser à la hauteur d’une œuvre poétique distinguée
par le Prix Nobel.
[Conception de l'exposition : Corinne Cleac'h-Chesnot avec l'aide de Renée
Ventresque.]
Fondation Saint-John
Perse
Cité du Livre
8-10 rue des Allumettes
13098 Aix-en-Provence
Cedex 2
Tél : 04 42 91 98 87
Fax : 04 42 27 11 86
http://www.up.univ-mrs.fr/~wperse/
Chronologie
1945
À l’occasion de l’édition du recueil Exil, Gaston Gallimard parle de réunir en
volume les œuvres de son ami et avoue «
rêve[r] aussi d’une édition dans la Pléiade ».
1951
Saint-John Perse demande à Gallimard d’étudier un projet d’édition complète de
ses œuvres dans la collection de la « Pléiade ». L’entreprise se révélant «
techniquement irréalisable », les œuvres poétiques de Saint-John Perse seront
publiées en 1953 chez Gallimard dans une édition courante.
1960
Devenu Prix Nobel de littérature, Saint-John Perse relance son projet de «
Pléiade », en demandant à ce que l’on déroge pour lui à la clause du post mortem,
et obtient l’assentiment de Gaston Gallimard.
1966
Il presse Gaston Gallimard de réaliser la « Pléiade » et propose un premier
plan. L’éditeur lui demande d’étoffer ses œuvres, par la publication de son
journal d’exil susceptible d’apporter « une valeur éclatante d’inédit ». Refus
de l’écrivain qui propose sa correspondance toujours inédite.
Tandis que le responsable éditorial Robert Carlier rassemble la correspondance,
il rédige les notes.
Il abandonne l’idée d’utiliser comme préface le texte de Roger Caillois «
Poétique de Saint-John Perse ».
Il joint au volume une note biographique rédigée par lui-même pour l’étude
critique de Jacques Charpier (Saint-John Perse, Paris, Gallimard, 1962, « La
Bibliothèque idéale »).
1967
Le poète prend totalement en charge la direction du volume et élabore un second
plan.
Travail considérable pour l’établissement de la bibliographie et de la
correspondance.
Il consacre un an à l’écriture et la réécriture des « Lettres d’Asie » .
1969
Réalisation par le sculpteur hongrois Andras Beck du masque du poète, qui sera
placé en couverture.
1970
Envoi du dossier définitif des « Lettres de jeunesse ».
Crainte de Saint-John Perse de voir « cette malheureuse édition tourner à
l’édition posthume ».
Achèvement du volume en juillet.
1971
Visite de Robert Gallimard en juin.
1972
Correction des épreuves par le poète affaibli par l’âge et le cancer, avec
l’aide d’Albert Henry.
Sortie du volume le 27 novembre 1972, accueil enthousiaste de la critique et du
public.
1975
Donation de ses collections à la Ville d’Aix-en-Provence et institution de sa
Fondation.
Mort de Saint-John Perse dans sa maison des Vigneaux à la presqu’île de Giens.
1978
La biographie de la « Pléiade » est complétée par Pierre Guerre. Des coquilles
sont corrigées.
1982
Nouvelle édition, légèrement corrigée, augmentée des derniers poèmes Nocturne
(1972) et Sécheresse (1974). Il est enfin précisé que le volume a été «
entièrement conçu et rédigé par Saint-John Perse comme un tout ».
1989
Nouveau tirage avec un « guide bibliographique
». Un complément biographique scelle le volume en déclarant que seule la
Fondation Saint-John Perse pourra désormais le compléter par d’autres
publications.
1991
Catherine Mayaux démontre dans sa thèse de doctorat que la plupart des « Lettres
d’Asie » ont été écrites pour la « Pléiade »
1997
Projet d’une nouvelle édition dotée d’un appareil critique d’environ 300 pages.
Les travaux des spécialistes de l’auteur (Joëlle Gardes Tamine, Colette
Camelin, Catherine Mayaux et Renée Ventresque) seront finalement publiés à
part, aux éditions de la Licorne en 2002, sous le titre Saint-John Perse sans
masque : lecture philologique de l’œuvre.
La « Pléiade » de Saint-John Perse
1424 pages dont 438
consacrées aux poèmes :
Éloges, La Gloire des Rois, Anabase, Exil, Vents, Amers, Chronique, Oiseaux,
Chanté par celle qui fut là, Chant pour un équinoxe, Nocturne, Sécheresse
1 biographie, 2 discours, 26 hommages,
46 témoignages
plus de 350 lettres à 42 destinataires
301 pages de notes et de bibliographie
n° 240 dans la collection, 72 000 exemplaires
2 éditions : 1972, 1982
plusieurs tirages : 1975, 1978, 1989, 1998, 2004
Composition
D’après Renée Ventresque, Saint-John Perse a été malgré son grand âge et
une santé vacillante, « l’artisan unique de l’édition des Œuvres
Complètes, prenant toutes les décisions ». Il rédige la biographie, les notes et la
bibliographie, rassemble ses oeuvres en prose, sélectionne des études
critiques, crée ou réécrit au besoin certaines lettres. Les plans successifs du
livre montrent que le projet longtemps mûri a évolué « dans le sens d’une plus
grande autonomie ». L’étude de Roger Caillois d’abord placée en préface, sera
ainsi transférée sous forme d’extraits en fin de volume, puis reléguée dans les
notes.
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