Poezibao fait aujourd’hui dimanche une exception à
ses choix habituels (poésie moderne et contemporaine) pour célébrer la parution
d’un très beau livre qui sous le titre Ivresse de brumes,
griserie de nuages, propose une collection de poèmes bouddhiques de dix-sept
des plus célèbres moines coréens des XIIIe-XVIe siècles,
haute époque d’une poésie bouddhique en chinois classique.
Ce sont de véritables « poèmes de l’impermanence, ivres de liberté, expérience
esthétique et sensation du monde - on songe à Thoreau, Whitman et Emerson,
Ramuz – », dus à des bonzes retirés dans des monastères ou des ermitages
de montagne, détachés de tout sauf des joies de la nature et des bonheurs
infimes du quotidien, selon les mots de Jean-François Baron*.
Ce livre est publié dans la collection Connaissance de l’Orient, chez
Gallimard.
Montagne dans les nuages
Nuages blancs : nuages où redoublent les montagnes vertes,
Montagnes vertes : montagnes où moutonnent les nuages blancs.
Chaque jour avec nuages et monts, on se fait de fidèles compagnons,
Nul lieu où le corps apaisé ne soit à la maison
(Pou, 1301-1382, p.76)
Ermitage de l’illusion
Le corps semble une fleur de vide : nul lieu où le chercher,
Aux six fenêtres vent et lune embrassent pureté et vacuité.
Dans le néant on dirait l’être : à nouveau il n’est pas réel,
Quatre murs éclatants : un instant pour demeure empruntés.
(Hyegun, 1320-1376, p. 91)
Un nuage vagabond travers l’azur
Fin de printemps sur fleuve et lac, vent de la chute des fleurs,
Au coucher du soleil un nuage vagabond traverse l’azur,
A son aune on mesure la vanité du monde,
Dix mille affaires toutes oubliées dans un rire
(Sonsu, 1543-1615, p. 160)
Assis, en automne, au village de la Grue
verte
Le vent d’ouest se lève, la pluie va cesser,
Ciel immense, nul lambeau de nuage.
Dans la salle vide, inerte, on contemple les merveilles :
Parfum céleste des fruits du cannelier tombant à profusion
(Yujong, 1544-1610, p. 171)
*Ivresse de brumes, griserie de nuage, traduit du chinois et du
sino-coréen, présenté et annoté par Ok-sung Ann-Baron en collaboration avec
Jean-François Baron, édition bilingue, Gallimard, « Connaissance de l’Orient »,
2006
Rédigé par : loupiote | dimanche 11 juin 2006 à 14h43
Rédigé par : gmc | dimanche 11 juin 2006 à 14h07