Je
publie ici, en correspondance avec l’anthologie permanente d’aujourd’hui, la
fiche de lecture de Fragments d’un livre futur de José Angel Valente, fiche que j’avais publiée sur un autre site au moment de la parution du livre en 2002.
José Angel Valente
Fragments d'un livre futur
José Corti, 2002
Il est étrange de voir comment lisant certains livres, nos gestes changent. La
main devient plus précautionneuse à tourner les pages, l'attention s'intensifie
et surtout une sorte de silence intérieur s'établit, comme à l'écoute de ce qui
se dit là. Et si le mot n'était pas trop évocateur du fait religieux, on
pourrait dire qu'on est saisi d'une sorte de recueillement devant la beauté et
la gravité du propos. Fragments d'un livre futur, lu hier soir en une
seule traite, a suscité toutes ces impressions. Ce sont les derniers textes
écrits par le grand poète José Angel Valente au seuil de la mort. Ce livre est
une méditation funèbre, où la mort est omniprésente, mort propre que le poète
sait venir, mort de son fils Antonio au travers de quelques textes
bouleversants, morts d'amis ou de grands figures comme le poète Paul Celan.
Bouleversante aussi en tant que témoignage d'amitié et de deuil, la préface que
le traducteur Jacques Ancet adresse à son ami mort : "voilà vingt-sept
ans que je mets mes mots dans les tiens et voilà que pour la première fois tu
ne sais me répondre que par ce silence". Jacques Ancet le dit bien,
dans ce livre qui ne s'est pas voulu livre, mais qui a quelque chose de
testamentaire, tous les thèmes du poète sont présents, tout particulièrement
l'automne, les images de dissolution, d'effacement, les ombres tutélaires,
Celan déjà nommé mais aussi Hölderlin, Giordano Bruno. En une écriture
fragmentaire qui semble recueillir tout en même temps le désespoir et
l'émerveillement, ce qui s'en va et ce qui persiste, grâce à un petit paquet de
mots. Et ce peu de mots, on est infiniment reconnaissant à l'éditeur de nous
les donner à la fois dans leur langue originale et dans leur traduction. Car
même si on ne parle pas l'espagnol, on peut en regard de sa traduction le lire,
tenter de le comprendre (ce n'est pas très difficile) et peut-être entrer ainsi
en communion plus avant, dans sa langue, avec Valente. Une très grande et belle
expérience de lecture.
Extrait
"TU dors englouti dans ta nuit. Tu es en paix. Moi je griffe les murs
glacés de ton absence, les murs non fissurés par le temps qui ne peut durer
sous tes paupières. Toi la cendre. Moi le sang. Feuille légère, ta voix.
Pétrifié ce chant. Toi tu n'es même plus toi. Moi, ton vide. Moi, mémoire de
toi, léger, lointain, qui ne pourras jamais te souvenir de moi
(In pace)
Une
présentation du livre, quelques extraits et deux belles critiques sur le
site de l'éditeur José Corti
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