En ce jour anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz
par les Russes, j’ai choisi de publier un poème de Primo Levi qui y était
détenu
voir
l’éphéméride de la revue Terres de Femmes
Voix
Voix muettes depuis toujours, voix d’hier ou à peine
éteintes ;
Tends l’oreille, et tu en saisiras l’écho.
Voix rauques de ceux-là qui ne savent plus parler,
Voix qui parlent mais ne savent plus dire,
Voix qui croient dire,
Voix qui disent et ne se font pas entendre :
Chœurs et cymbales pour faire passer en contrebande
Le sens dans un message qui n’a pas de sens,
Pur chuchotement pour laisser croire
Que le silence n’est pas le silence.
A vous parle, compaings de galle :
C’est à vous, compagnons de noce que je parle,
Vous, comme moi ivres de mots,
Mots-poignards, mots-poison,
Mots-clé, mots-rossignol,
Mots-sel, mots-masques, mots-népenthès.
L’endroit où nous allons est un lieu de silence,
Un lieu de surdité, limbes des solitaires et des sourds.
La
dernière étape, il te faut la parcourir sourd
La
dernière étape, il te faut la parcourir seul
10 février 1981
Primo Levi, A une heure incertaine, traduction de Louis Bonalumi,
Préface de Jorge Semprun, Arcades, Gallimard, 1997, p. 64
bio-bibliographique
de Primo Levi
index
de Poezibao
Revenir à la Une de Poezibao
Sur simple demande à [email protected],
recevez chaque jour l'anthologie permanente dans votre boîte aux lettres
électronique
Commentaires