Le problème avec un frisson c’est que si c’est
exquis, du moins la plupart du temps, cela passe aussi très vite. Même lorsqu’il
s’agit d’un frisson esthétique
(rappeler ici que l’expression est due à Remy de Gourmont – sans accent sur le e
– et désigne l’émoi très particulier suscité par le contact avec une œuvre d’art).
J’ai déjà dit lors de la sortie du premier numéro
du Frisson
Esthétique l’excitation provoquée par cette idée de bâtir toute une revue
sur cette notion. Je dirai aujourd’hui alors que paraît le numéro trois le
bonheur de voir le Frisson s’épanouir et se renouveler. Car ici le frisson fait des ricochets et se propage de page en page et le lecteur est véritablement
conduit d’expérience en expérience. Détaillons un peu : une ouverture en
fanfare avec un texte formidable de Michel Onfray, le philosophe, qui selon la
règle imposée par la rédaction évoque son premier frisson esthétique : ce fut Bach et ce qu’il exprime
magnifiquement, c’est l’effet de la musique sur le corps d’un enfant de dix
ans, « troublé, bouleversé, conquis » : « une musique
suppose d’abord et avant tout une façon de toucher le corps, d’émouvoir une âme
en soulevant dans ses limbes la matière avec laquelle on fait les pulsions, les
rêves, les instincts, les songes, les désirs et les fantasmes ». Quant on
sait à quel point il est difficile de parler de la musique, on ne peut qu’être
très admiratif devant ce texte du philosophe. La musique on la retrouve un peu
plus loin, et l’étonnement n’est pas moindre puisque le défi a consisté à
demander au couple Bancquart, Marie-Claire la poète et Alain le musicien, d’œuvrer
ensemble. Pas dans le sens usuel, l’un composant sur les mots de l’une, ou l’une
écrivant sur la musique de l’un, non, œuvre commune, formule inédite et sur
laquelle, de surcroît, les deux protagonistes ont accepté de s’expliquer.
Ajouter à cela le plaisir visuel de la page qui mêle portées musicales et typographie :
là encore c’est un vrai frisson de plaisir esthétique qui parcourt l’échine.
Des frissons on en trouve encore et encore et je
veux dire surtout cela, qu’ils sont tous très différents : on peut évoquer
la nouvelle très énigmatique, beckettienne à certains égards, de Marie Etienne,
le poème syncopé d’Edith Azam, le conte cruel de Christian Buat, le très beau
duo Zéno Bianu / Michel Mousseau, textes de l’un, dessins de l’autre que l’on
pourrait dire, n’y surtout pas voir une offense mais au contraire un hommage, « pelotes
de déjection », petits dessins crayonnés en boules enchevêtrées qui
donnent le sentiment de ramasser un monde, en contrepoint avec les commencements
rêvés de Zéno Bianu.
Et puis, nouveau frisson, celui du temps retrouvé
peut-être puisque passés Bianu et Mousseau, on quitte le monde contemporain
pour basculer vers la fin du siècle, l’antépénultième ou les débuts du
pénultième. Ne pas oublier qu’Esther Flon, la rédactrice en chef du Frisson est
éditrice et principalement de Remy de Gourmont. Voici donc Octave Mirbeau « imprécateur
et justicier », voici André Salmon écrivant à Jean Follain et Remy de
Gourmont à Georgette Avril, tandis que, au chapitre des Curiosa, Nicolas Malais nous entraîne sur les traces de Pierre
Louÿs, « bibliophile, érotomane et amoureux ». Pour être presque
complet, il faut encore évoquer quelques frissons gourmands, normands, le
plaisir d’un feuilleton. Bref, on l’aura compris, un sommaire diablement bien
construit, riche en rebondissements et en curiosités. Une lecture des plus
délectables, d’autant que la mise en page est inventive et soignée, dans un format magazine très agréable
à prendre en main. Et au risque de paraître trivial, le frisson n’est pas cher,
5 petits euros ! On en connaît de plus dispendieux !
©florence trocmé
Comme toute revue naissante, le Frisson esthétique
a besoin d’abonnés. Voici donc toutes les données utiles
Le Frisson Esthétique
74 route de Coutances
50180 Agneaux
Abonnement, un an, quatre numéros, 21,35 €
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site : www.frissonesthetique.com

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