Un oiseau, lorsqu’il va, sur la mer,
Porter mémoire de la terre à la limite de ce jour
De lumière et d’amour, un oiseau…
Comment dire cela sans défaire l’ouvrage
Des yeux, des mains, et de tout le visage,
Et sans briser en nous l’oiseau et le langage…
Comment dire cela sans rougir, et se taire ?
Toute œuvre est étrangère, toute parole absente,
Et le poème rit et me défie de vivre
Ce désir d’un espace où le temps serait nul.
Et c’est don du néant, ce pouvoir de nommer
Un oiseau, lorsqu’il va, sur la mer, comme on respire,
Cet instant qui ne dure que pour mourir, là-bas,
Depuis le commencement du monde jusqu’au dernier naufrage,
Et peut-être plus loin, vers la dernière étoile,
La première parole, ô comment dire cela…
Roger Giroux, L’arbre le temps, suivi de Lieu-Je et de Lettre, Mercure de France, 1979, p. 37.
Je remercie Tristan Hordé pour cette contribution
Bio-bibliographie de Roger Giroux
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