Le poème est ascension furieuse ; la poésie, le jeu des
berges arides.
René Char, Sur la poésie, G. L. M.,
1958, repris dans Dans l’atelier d’un
poète, Gallimard, collection Quarto, 1996, p. 758.
Être poète, c’est avoir de l’appétit pour un malaise dont la
consommation, parmi les tourbillons de la totalité des choses existantes et
pressenties, provoque, au moment de se clore, la félicité.
Id., p. 759.
Au centre de la poésie, un contradicteur t’attend. C’est ton souverain. Lutte loyalement avec lui.
En poésie, devenir c’est réconcilier. Le poète ne dit pas la vérité, il la vit ; et la vivant, il devient mensonger. Paradoxe des Muses : justesse du poème.
On ne peut pas commencer un poème sans une parcelle d’erreur
sur soi et sur le monde, sans une paille d’innocence aux premiers mots.
Id., p. 761.
Un poète doit laisser des traces de son passage, non des
preuves. Seules les traces font rêver.
René Char, Sur la poésie [édition
augmentée], G. L. M., 1967, repris dans Dans
l’atelier du poète, p. 864.
Faire un poème, c’est prendre possession d’un au-delà nuptial qui se trouve bien dans cette vie, très rattaché à elle, et cependant à proximité des urnes de la mort.
Sur la poésie la nuit accourt, l’éveil se brise, quand on
s’exalte à l’exprimer. Quelle que soit la longueur de sa longe, la poésie se
blesse à nous, et nous à ses fuyants.
Id., p. 865.
En poésie, on n’habite que le lieu que l’on quitte, on ne crée que l’œuvre dont on se détache, on n’obtient la durée qu’en détruisant le temps.
La poésie sera toujours au premier chef une évasion, la
geôle forcée et l’assurance que cette évasion aux longues et meurtrières
foulées a réussi.
Id., p. 866.
je remercie Tristan Hordé pour cette contribution