Cette
rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages reçus
par Poezibao. Il ne s’agit pas de
fiches de lecture ou de notes critiques et les présentations font souvent appel
aux informations fournies par les éditeurs.
°Lorand Gaspar, Derrière le dos de Dieu,
Gallimard
°Christophe Lamiot Enos, 1985-1981,
Flammarion
°Antoine Dufeu, Abonder, Nous
°Alexandre Romanès, Sur l’épaule de l’ange,
Gallimard
°Mathieu Brosseau, Et même dans la
disparition, Wigwam
°Jacques Brémond, Ce visage, Wigwam
°Jean-Claude Meffre, Tique, Propos 2 Éditions
°Etienne Orsini, Autant que ciel se peut,
Le Nouvel Athanor
un essai
°Michel Surya, Excepté le possible,
Fissile
des récits et textes en prose
°Pierre Silvain, Les couleurs d’un hiver,
Verdier
°Chantal Chawaf, je suis née, Éditions
des Femmes
°Alain Hobé, Lieu commun, Fissile
°Jacqueline Merville, Presque africaine,
Éditions des Femmes
et aussi
°30 ans, 30 auteurs, Centre National
du Livre
°Cahier René Welter, Encres Vives
Notices détaillées de chacun de ces
livres en cliquant sur « lire la suite de…. »
Lorand Gaspar
Derrière le dos de Dieu
Gallimard, 2010
14,90 €
« ″Derrière le dos de Dieu″ : nom donné à cette région de la
Transylvanie orientale où se situent les rudes villages des hauts plateaux des
Carpates dont mes grands-parents étaient originaires » (Lorand Gaspar)
Gisement
de ténèbres et d’éclairs
d’immobilité et de mouvement.
Gisement d’air qui vibre et de langue
au fond du silence tenace
Ici un mot, là un geste, une absence
que nous montre, nous épelle l’érosion.
Christophe Lamiot Enos
1985 – 1981
Flammarion, 2010
25 €
« 1985-1981 est sans doute à ce
jour l’œuvre la plus ambitieuse et la plus aboutie de Christophe Lamiot Enos.
Ce pourquoi il a paru nécessaire d’en réunir les deux pans en un seul volume, malgré
l’ampleur du projet : on en percevra mieux la logique interne et les
multiples inflexions. Le ″récit″ couvre le second semestre de l’année 1985,
marquant l’arrivée et l’installation de l’auteur sur la côte Est des États-Unis,
à l’Université de Cornell. Mais comme toujours chez lui, bien qu’il respecte le
fil de la chronologie, il s’agit de rendre compte de l’existence quotidienne –
dans sa banalité et ses saveurs, à travers une accumulation de notations
infimes : gestes, décors, situations, regards et paroles échangés étant
ici restitués avec une netteté et une précision exemplaire. La beauté et le
caractère souvent poignant de ces instants de vie recomposés tiennent bien sûr
à la grand exigence formelle ave laquelle Christophe Lamiot Enos les met en
scène, élaborant toute une série de variations, au sens musical du terme, des suites minuscules (où l’anglais dialogue
parfois avec le français) qui finissent par donner à ces instantanés filtrés
par un lent travail de mémoire l’allure d’une chronique éblouie : une
épopée de l’infime, à la louange de la vie
matérielle. » (Dos du livre)
Antoine Dufeu
Abonder
Éditions Nous, 2010
24 €
Composé de trois tableaux, Abonder est un poème narratif autour d’un
personnage, Arthur Gonzalès-Ojjeh. Celui-ci démissionne de son poste de
financier à la fin du premier tableau, avant de se lancer dans plusieurs
aventures politico-économiques. Dans le dernier tableau, il aperçoit, dans une
sorte de songe, le monde sous un nouvel angle. [...] Ce récit en vers est
marqué par les thématiques de la politique, de l’économie, de l’argent. Il
tente d’envisager entre celles-ci des rapports nouveaux, en insistant sur l’impératif
de réappropriation subjective et collective du monde.
Antoine Dufeu est né en 1974 à Laval. Il a cofondé les éditions ikko et la
revue MIR.
Alexandre Romanès
Sur l’épaule de l’ange
Préface de Christian Bobin
Gallimard, 2010
10 €
Depuis longtemps les tziganes savaient le vieux proverbe ″pour vivre heureux,
vivons cachés ». Par crainte des conventions et des pouvoirs, les tziganes
n’ont jamais permis aux autochtones de s’approcher de leur campement. [...] La
culture tzigane est orale. On pourrait dire que c’est une littérature de
″survie″. Les spécialistes nous disent – et pour une fois ils pourraient bien
avoir raison que les cultures minoritaires vont disparaître une à une. J’ai la
faiblesse de penser que les livres que j’ai écrits n’iront pas se noyer dans l’océan
des livres. Ils pourraient avoir un intérêt qui va bien au-delà d’un chant -qui
je l’espère- est poétique. Ils devraient continuer à vivre, ne serait-ce que pour témoigner d’un peuple
qui tôt ou tard disparaîtra (Alexandre Romanès, prière d’insérer)
Mathieu Brosseau
Et même dans la disparition
Wigwam, 2010
5 €
« Puisque toute chose est aussi son
inverse et que les visages en carton plat, ça n’existe pas. Puisque la lumière
est la présence pérenne et que, le sachant, nous pouvons tirer la langue à la
vie. Puisque de la langue, nous ne tirons que les briques de l’édifice que nous
ne cessons de construire. Puisque la langue nous nargue, puisqu’elle le fait et
que nous savons qu’elle s’arrête à la lumière, qu’il n’y a pas lieu pour elle d’être
dense. Ce sera bien là sa peau, ce sera bien là sa veine. »
Jacques Brémond
Ce visage
Wigwam, 2010
5 €
« il reste la main seulement. lien
trop faible. trop terrifiant. entre les deux mondes. le sien. le nôtre
l’attente obscène. l’attente de l’arrêt de cette main
ce cri de silence sur les draps »
Joël-Claude Meffre
Tique
Propos 2 éditions
9 €
« Rien ne bouge ni ne se tient sur
ses gardes. Rien ne se méfie de rien. Pourtant, il y a un léger tremblement du
sol. Le vent du nord souffle dans les pins, par habitude. Parfois je me dis que
le monde s’est peut-être bien arrêté, non de tourner, mais de chuter. Qu’il y a
un suspens qui n’est qu’une illusion au milieu de la chute même. Les pierres du
mur ne disent pas autre chose. Et le serpent se love dans son trou bien plus
profondément que je ne le crois. Chutera-t-il, lui aussi, du haut du trône de
son royaume souterrain ? » (Dos du livre)
Etienne Orsini
Autant que ciel se peut
Préface de Salah Stétié
Les Cahiers du Sens, Le Nouvel Athanor
15 €
« Voilà un livre d’amour. Un amour à la mesure d’un paysage d’été, d’une
femme, d’une île…. et cette île est dite de Beauté : c’est la Corse… »
(incipit de la préface de Salah Stétié).
Michel Surya
Excepté le possible
Jacques Dupin, Roger Laporte, Bernard Noël, Jean-Michel Reynard.
Coll. cendrier du voyage, éditions Fissile, 2010
12 € - l’auteur
sur le site des éditions Fissile
″On devrait n’admirer que les écrivains
qui rendent la littérature un peu plus impossible encore″
« Il aura fallu, pour que je revienne vers la poésie, que je le fasse par
des œuvres qui, sensiblement, s’en exceptent. Qui, quoiqu’elles lui appartiennent
– et elles lui appartiennent – la tiennent en suspicion. Une suspicion telle qu’elles-mêmes
rechignent à s’en réclamer » (incipit du Préambule du livre)
Pierre Silvain
Les Couleurs de l’hiver
Verdier, 2010
14 €
Partir : une nécessité aussi irrépressible qu’irraisonnée jette le héros, un
matin de novembre 1823, sur les chemins qui, d’une petite ville des bords
de Loire, mènent à Paris.
Depuis l’enfance, Anselme sait que les couleurs occuperont sa
vie – couleurs qu’il prépare depuis trop longtemps pour un peintre de
Vierges candides et de roués clandestins dont l’art ne répond plus aux besoins
du temps.
Il imagine, porté par les lettres de son ami Simon qui fréquente Géricault,
tout un monde nouveau : pareil aux chevaux vifs et puissants si chers au maître
; bouleversant comme Le Radeau de la Méduse ; aussi troublant et
provoquant que le portrait de la petite Louise – le réel pris dans
l’éclat et la tourmente des corps.
Arrivé aux portes de la capitale, les craintes et les remords, qui n’ont cessé
de sournoisement l’accompagner, s’effacent, sa décision est arrêtée. Mais
l’inconnu qui l’attend au terme du voyage aura peut-être les couleurs de
l’hiver.
Ce récit posthume de Pierre Silvain, par la tendresse pleine de réserve
qu’il attache à ses personnages, par la saveur de son style, n’est pas sans
rappeler le roman qui l’a fait connaître, Julien Letrouvé colporteur.
Chantal Chawaf
Je suis née
Éditions des Femmes, 2010
20 €
« En 1974 paraissait un ouvrage d’une densité poétique peu commune (…)
où s’inventait un langage pour dire à la fois la mort et la naissance,
l’absence et la plénitude sensorielle. C’était dans Retable (Des femmes), déjà, l’évocation d’une naissance
traumatique, celle d’une enfant arrachée au corps d’une mère mourante tandis
qu’en contrepoint, dans La Rêverie,
se déployait un cantique charnel. Un quart de siècle plus tard, Chantal Chawaf
boucle magistralement la boucle ». Monique Petillon, Le Monde, 8 mai 1998.
Je suis née est le récit de cette
naissance sous les bombes, où le don de vie à l’enfant et la mort de la mère se
superposent. Cri de vie au milieu de la tragédie. L’enfant, devenue femme,
cherche à percer le mystérieux miracle. Écriture de la naissance, naissance à l’écriture
: c’est le sens lumineux de cette double expérience. 1ère édition : 1998,
Flammarion, Paris, sous le titre Le
manteau noir.
Chantal Chawaf est écrivain et éditrice. Je suis née est la réédition, enrichie et éclairée par des textes
d’enfance inédits, de Le Manteau noir (Flammarion, 1998). Depuis Retable, la Rêverie, sa première publication aux
éditions Des femmes (1974), Chantal Chawaf développe une œuvre originale et
incandescente, d’une rare acuité sensorielle. Elle est l’auteure de plus d’une
vingtaine de titres, romans, essais, nouvelles et poèmes, dont notamment Cercoeur (Mercure de France, 1975), Le soleil et la terre (J.J. Pauvert,
1978), Maternité (Stock, 1979), Crépusculaires (Ramsay, 1981), Les Obscures (Des femmes-Antoinette Fouque,
2008).
Alain Hobé
Lieu commun
Préface de Michel Surya
coll. cendrier du voyage, Fissile Éditions
15 €
« Entrer dans ce livre admirable ne demande pas qu’on imagine. Il ne
décrit rien d’ailleurs que l’imagination puisse solliciter ni reconnaître. A
moins qu’il ne décrive une perfection, qui eût la forme – infernale – d’un
enfermement. (…) C’est de « séquestrés » qu’il est question dans Lieu commun. Mais il faut aussitôt le
préciser : les séquestrés, les détenus d’aucun châtiment – des spectres.
Chacun y est égal à ce qui lui échoit : la terreur, le froid, la solitude
(…), sans que nul ne songe à protester ni à fuir. (…) Un espace clos. Celui
d’un camp ? C’est ce qu’il semble. A moins qu’au-delà des murs et des
fils, le « camp » ne soit le même. A moins que tout ne soit qu’un
« camp ». A moins qu’on n’ait jamais été qu’enfermé. (Extraits de la
préface de Michel Surya)
Jacqueline Merville
Presque africaine
Éditions des Femmes, 2010-03-28 10 €
« C’était en Afrique de l’ouest. La plaie dans ta bouche, au milieu du palais, cuisait,
brûlait. Une plaie faite par le tortionnaire près de la lagune de Glidji. T’empêcher
de parler. T’empêcher entièrement. Te tuer disait-il. Tu n’étais pas morte. Tu
écrivais sur la feuille de papier quadrillé. Les traces sur ce cahier, du
troué, sans forme, irrémédiablement enfoncé à coté de. Tu n’étais pas folle
avec ton visage de folie dans cette chambre de Lomé. Tu écrivais de ton supplice
en traversant les pages sans les recouvrir comme un insecte mourant, se
débattant contre le mur. Moellons, parpaings de mots. Qu’est-ce qui s’écrivait
aussi sur ce carnet te demandes-tu ? »
Jacqueline Merville est écrivain et peintre. Depuis ses premiers livres, elle a
publié cinq récits aux éditions Des femmes-Antoinette Fouque, des recueils de
poésie, notamment à La Main courante, et dirige depuis 2002 une collection de
livres d’artistes, « Le Vent Refuse ».
et aussi
30
ans, 30 auteurs
Centre National du Livre
Pour fêter les 30 ans du Salon du Livre, trois fois 30 auteurs ont été invités
à « raconter le monde » et à partager leur passion du verbe avec le
public. Parmi eux, trente sont des auteurs que le Centre national du livre a
soutenus à une ou plusieurs reprises au cours de leurs carrières. Emblématiques
du soutien public à la création littéraire française, ils dessinent une politique
des auteurs exigeante, éclectique et originale, que la présente publication
invite à découvrir (liste complète des auteurs ici – à noter particulièrement
parmi ceux-ci les poètes Stéphane Bouquet, Olivier Cadiot, William Cliff,
Antoine Emaz, Christian Prigent, Valérie Rouzeau, Jacques Roubaud, James Sacré,
Franck Venaille)
Laurent Fels, Gaspard Hons, Marcel Migozzi
Cahier René Welter
La poésie de René Welter se caractérise par une forme dépouillée, verticale, où la condensation (Dichtung) est poussée à ses limites et se prolonge dans le non-dit. Son dialogue ininterrompu avec des écrivains-philosophes comme Paul Celan, Emmanuel Levinas, Paul Éluard, Guillevic, René Char, Philippe Jaccottet, Gaspard Hons, Marcel Migozzi, Albert Camus… et des artistes comme Roger Bertemes, Anselm Kiefer, Dacos, Serge Plagnol ou Jean-Pierre Junius, René Welter le pousuit discrètement. La main tendue. Toujours à l’écoute du silence, à la limite du mot.