Le 4 décembre 2016, dans une petite église de la toute proche périphérie de Paris, à Boulogne-Billancourt, l’organiste Liesbeth Schlumberger se lançait dans un marathon audacieux, tant pour elle bien sûr que pour le public : l’intégrale des 18 Chorals pour orgue de Leipzig (environ deux heures de musique). Une très belle expérience.
Un concert
Dimanche d’hiver, froid certain à l’extérieur avec la nuit qui tombe très tôt et froid tout aussi certain à l’intérieur d’une église sans grâce particulière, Notre Dame de Boulogne. Un orgue moderne, manufacture Yves Fossaert, 2008. Un dispositif vidéo simple mais ingénieux qui permet aux auditeurs installés dans la nef de voir, sur écran, l’organiste cachée derrière la tribune. L’église est comble et contre toute attente, le restera jusqu’à la fin de ces deux grandes heures de musique magnifique mais austère.
Les Chorals de Leipzig sont des pièces pour orgue, dix-huit en tout avec des durées allant de 3 à 8 minutes pour la plupart, appartenant à un recueil dit Autographe de Leipzig, qui n’est pas un recueil établi par Jean-Sébastien Bach lui-même mais qui a été constitué après sa mort. Ce sont des pages « mises au point ou recopiées dans les ultimes années de Bach ».
Muzibao voudrait ici non pas se lancer dans une critique exhaustive du concert, mais plutôt donner à entendre quelques-unes des pièces, quelques extraits de ces pièces d’orgue, peu spectaculaires, mais tellement riches, que sont les Chorals de Leipzig, dont les derniers à figurer dans le recueil n’ont pas été copiés par Bach, qui vivait ses derniers jours.
Et dire peut-être ce que c’est qu’un choral et donc comme on peut l’entendre.
Un choral ?
Un choral (à ne pas confondre avec une chorale) est un genre musical liturgique, créé au XVIe siècle dans le cadre de la réforme protestante luthérienne, pour être chanté en chœur par les fidèles pendant le culte. La particularité est que les paroles sont uniquement en langue vernaculaire. Il se veut simple afin d'être chanté et retenu par les fidèles. Par extension, le mot désigne une pièce jouée à l'orgue, plus rarement au clavecin, sur le thème du chant correspondant (on parle aussi de « prélude de choral »). Cette forme a été très utilisée pendant la période baroque, avec des variantes (source).
Dans le cas des pièces d’orgue, donc, celle-ci est identifiée, le plus souvent, par le tout début du texte dont elle s’inspire. Exemple : le choral de Leipzig n° 6, BWV 656, est titré : « O Lamm Gottes unschuldig », « O innocent Agneau de Dieu ».
Quelques exemples musicaux :
→ Pour quelques données sur le choral, notamment chez Jean-Sébastien Bach, le début de ce cours du site Gradus ad Parnassum, jusqu’à 3’30.
→ Un choral chanté :
Ici le choral final (audio seul) de la cantate Jesus bleibet meine Freude, de Jean-Sébastien Bach, enregistrement public du concert inaugural du Bach Collegium Paris, le vendredi 9 juillet 2010 à 20h30 en la Basilique Sainte-Clotilde (Paris 7e).
Une toute autre version, celle d’Harnoncourt.
Et une dernière, d’une autre grande figure du baroque, Ton Koopman.
Sur cette pièce brève de trois minutes, l’occasion de comparer trois interprétations et de voir à quelle point celle-ci est cruciale dans le rendu de la musique.
Les chorals de Leipzig
Certains de ces chorals sont bien plus connus que d’autres, tout simplement parce qu’ils sont souvent donnés lors de cérémonies religieuses dans les églises.
Les plus passionnés et patients pourront visionner cette très belle série, avec partition en lecture simultanée. Pour information la ligne du bas, sur la partition, correspond à l’écriture pour le pédalier. Dans le premier choral, on entend très distinctement les notes longues et très graves ainsi produites. (voir par exemple à 1’36)
Et voici un choral très connu, joué par Benjamin Allard, sur l’orgue Aubertin de l’Eglise Saint Louis en l’Ile à Paris, le choral de Leipzig n° 9, « Nun, komm’ der Heiden Heiland », BWV 659.
Minutage, 4,30.
Ce cantique ouvrait déjà le Petit Livre d’orgue de Bach et il revient trois fois dans le recueil de Leipzig. Ce qui est aussi une manière de souligner comme travaillait Bach, à partir de ces chorals, des ces « chants donnés », sur lequel il appliquait toute sa science, immense et produisant parfois des oeuvres monumentales, surtout eu égard à la simplicité de ce chant de départ. J’emprunte deux ou trois éléments à l’excellent Guide de la musique d’orgue, paru chez Fayard : « La mélodie apparait au soprano, dans les mille volutes d’une richissime ornementation, sorte d’arioso d’un haut pouvoir expressif. (…) Pour sa part, la basse s’avance en une pulsation régulière de croches [voir à 2’32, le pédalier], respiration sereine pour ce chant exalté. »
Et pour finir, ce même choral, dans une transcription pour piano, jouée par Wilhelm Kempff (1976 – durée 4’33).