Deux jeunes artistes réunis autour d’un riche programme violoncelle et piano, avec des œuvres de la fin du XIXème et du début du XXème
Le label La Dolce Volta a fait paraître, il y a quelques mois, un disque intitulé Réminiscences. Il réunit deux jeunes artistes, la violoncelliste Camille Thomas et le pianiste Julien Libeer autour d’œuvres de musique françaises ou belges de la fin du XIXème ou du début du XXème, Franck, Fauré, Ysaÿe, Saint-Saëns.
Si les deux jeunes gens se sont rencontrés un peu par hasard, dans un train, en Angleterre, on sent bien que ce n’est pas par hasard qu’ils jouent ensemble, comme ils le font souvent : ils ont un même sens de la couleur instrumentale, un même art de raconter une histoire, avec un naturel et une spontanéité contrôlée très convaincants.
C’est avec soin que ce programme a été conçu par eux et le label, autour d’un vrai projet éditorial charpenté. Deux grands axes, une transcription pour violoncelle et piano de la sonate pour violon et piano de César Franck et une superbe œuvre pour violoncelle seul, relativement peu connue, d’Eugène Isaÿe. A ces deux œuvres de proportions importantes, viennent s’agréger sept pièces que Camille Thomas caractérise comme des « madeleines » insistant sur le caractère proustien de la composition de ce disque !
Dès les premiers instants du disque, on est saisi par la présence des voix qui donne l’impression que les musiciens sont là, dans la pièce, près de soi. Superbe prise de son certes, mais aussi une sorte d’évidence de la musique et de l’accord des deux instruments, le piano et le violoncelle, dans Élégie de Fauré. On ne boude pas son plaisir en entendant les deux jeunes interprètes jouer ensuite « le Cygne », extrait du Carnaval des Animaux de Saint-Saëns.
Puis vient le temps de la sonate de Franck. On peut éprouver une certaine réserve, non pas du tout vis-à-vis des interprètes mais plutôt vis-à-vis de cette version pour violoncelle de la sonate pour violon et piano de Franck, pourtant dûment approuvée par le compositeur lui-même (elle fut réalisée de son vivant par Jules Delsart). Le champ sonore semble souvent saturé et l’auditeur se sent un peu débordé ici ou là par la musique, même s’il peut aussi jouir de très beaux moments.
En revanche la sonate pour violoncelle seul d’Eugène Isaÿe emporte une totale adhésion. L’instrument sonne magnifiquement : c’est un Gagliano, acquis par la fondation Bernard Magrez et prêté à Camille Thomas. Le disque offre encore de nombreux moments de très belle qualité avec de courtes pièces de Fauré, de Saint-Saëns et une transcription de L’Invitation du voyage de Henri Duparc.
Un beau disque, riches de sonorités et de couleurs instrumentales magnifiques autour d’un programme intelligent et bien équilibré. Donc peut-être un peu plus qu’un disque, un concert en chambre.
On peut écouter Camille Thomas, invitant l’auditeur dans sa discothèque (émission de la Radio parfaite du Printemps des Arts de Monte-Carlo)
lien du podscast Soundcloud
Sur cette vidéo, Julien Libeer et Camille Thomas interprètent un extrait de la sonate de Franck.
Lien de la vidéo
On peut aussi écouter des extraits du disque dans l’émission En pistes de France Musique du 22 septembre 2016, à partir de 39’17.
♫ Eugène Ysaÿe
Sonate pour violoncelle seul opus 28
♫ César Franck
Sonate pour violon et piano en la mineur (transcription pour violoncelle)
♫ Gabriel Fauré
Elégie (à 54’45)
Camille Thomas, violoncelle
Julien Libeer, piano
[La Dolce Volta LDV29]
Sur cette vidéo (en allemand) on voit très bien la jeune musicienne, qui parle très bien allemand (elle a étudié en Allemagne) et qui joue La Sicilienne de Fauré (à 2’05).
voir aussi le site de Camille Thomas
Et enfin, pour mieux connaître le pianiste, cette vidéo (en anglais) avec notamment Maria João Pires.
Voir le site de Julien Libeer
Le disque sur le site du label La Dolce Volta, avec écoute d’extraits, là encore.
Gabriel Fauré (1845-1924), Élégie, Après un rêve op.7 n°1, Les Berceaux, op.23 n°1, Sicilienne, op. 78 ; Camille Saint-Saëns ((1835-1921), "Le Cygne" (Carnaval des Animaux, XIII), "Sérénade" (extrait de la Suite pour violoncelle et piano op.16), César Franck (1822-1890), Sonate pour violon et piano en la majeur, transcription pour violoncelle et piano de Jules Delsart ; Eugène Ysaÿe (1858-1931), Sonate pour violoncelle seul op. 28 ; Henri Duparc, L’invitation au voyage (transcription pour violoncelle et piano). Temps total, 71’24, livret trilingue anglais, allemand, français. Enregistré en mai 2016 à la Cité de la Musique et de la Danse, Soissons. Un CD La Dolce Volta, LDV29.