Comment j’écris des poèmes de disque.
Frédéric Forte / Æon par Cécile Riou
Frédéric Forte est l’auteur entre autres recueils de Discographie et d’Opéras-minute, plus récemment de Dire ouf. C’est un passionné de musique. Il a été libraire, il a été groupe de rock, il est poète. Il écrit de temps en temps des poèmes de disque, pour les éditions Æon.
Ses poèmes se trouvent en deuxième de couverture du disque, à l’intérieur de la pochette cartonnée. Il fait partie intégrante du disque, au même titre que les photographies qui l’accompagnent et est composé après écoute.
J’ai demandé à Frédéric Forte de me raconter comment il en est venu à écrire des poèmes de disque, et voici ce qu’il m’a répondu :
Alors, voilà l’histoire…
Entre 2001 et 2003, j'avais travaillé comme disquaire à la boutique Harmonia Mundi de Toulouse. Et ainsi découvert les disques Æon diffusés dès leur création par H.M. En 2005, alors que je ne suis plus à la boutique mais juste à côté (à la librairie Ombres Blanches), comme je passe un jour devant elle de retour de ma pause-déjeuner, Marc, copain y travaillant toujours, m’arrête en me disant qu’il y a à l’intérieur les gens d’Æon, et qu’ils sont « très sympas ». Je continue mon chemin mais fais demi-tour presque aussitôt. Æon avait sorti peu de temps auparavant les deux Trios pour piano, violon et violoncelle de Mauricio Kagel. Et j’adore Mauricio Kagel. À tel point qu’un de mes rêves est de lui proposer une collaboration… Je rentre dans la boutique, me présente à Damien et Kaisa Pousset, le couple qui a créé Æon et leur explique que je suis poète, membre de l’Oulipo depuis peu… Pourraient-ils me donner l’adresse postale de Mauricio Kagel ? Damien et Kaisa sont curieux. Ils me suivent jusqu’à Ombres Blanches et achètent Opéras-minute, sorti cette année-là. Quinze jours plus tard, ils m’envoient l’adresse de Kagel et me proposent en même temps d’écrire des poèmes originaux, en français et dans leur traduction en anglais, pour les « secondes de couverture » de leurs disques. J’accepte aussitôt. L’idée est qu’ils m’envoient les enregistrements, sans visuel. J’écoute la ou les pièces et compose un poème en fonction de mes impressions. Cela a commencé en 2006 avec Winter Fragments de Tristan Murail, suivi par des pièces pour violoncelle seul de Giacinto Scelsi (un poème graphique en trois langues ! Français anglais et néerlandais (nationalité du violoncelliste)). Aujourd’hui, j’en suis à 37 poèmes. Sur quelques-unes des dernières pochettes, j’ai adapté des extraits de mon livre Dire ouf. J’étais tellement dans ce livre (écrit à partir de la musique de Deerhoof) que l’écoute des pièces me faisaient toujours penser à tel ou tel vers que je venais d’écrire… C’est encore le cas dans le prochain disque à paraître (le 38e poème), des pièces pour violon seul joués par le grand Irvine Arditti.
Mais pour conclure j’ajouterai que je n’ai jamais écrit à Kagel, et qu’il est mort en 2008… J’ai tout de même réalisé ces derniers temps une proposition de collaboration, et elle sort ce mois-ci chez Contrat maint ! Ça s’appelle : Système jiǎnpǔ – 7 mélodies pour Mauricio Kagel.
Propos recueillis par Cécile Riou