(Muzibao recommande très chaleureusement) : Harvey Sachs, Réflexions sur Toscanini – Musique et politique, trad. Anne-Sylvie Homassel, Notes de nuit éditions, 2014.
À l’égard des temps sinistres qui menacent, il n’est pas inutile, loin de là, même au sein de l’espace musical qui est le nôtre, de rappeler que la valeur humaine est indispensable pour façonner un musicien et qu’à l’inverse un musicien perd en valeur humaine et aussi en grandeur comme par conséquent en qualité musicale lorsqu’il compromet son art dans des adhésions politiques qui offensent l’humanité et en premier lieu l’intelligence elle-même. C’est au-delà des qualités intrinsèques qui furent les leurs ce qu’ont par opportunisme pourtant risqué Furtwängler et Karajan en leur temps. Pour l’auditeur, le déficit d’écoute devient alors bien trop grand et gâte les œuvres qu’ils interprètent. Ainsi, le « Beethoven » de Furtwängler, devant des parterres de dignitaires nazis comme on peut voir sur des films d’époque, et Thomas Mann l’avait bien compris dès 1933, reste comme une tache indélébile sur l’Eroïca et la IX° Symphonie.
Grandeur en revanche de Bruno Walter, de Klemperer, des frères Busch et de Toscanini dont, après tout, on finit par aimer et surtout par comprendre les colères. Nulle compromission chez eux. Dans l’ouvrage que Harvey Sachs consacre au grand Toscanini, qu’il faut lire et relire, remarquablement documenté, la biographie et l’art sont confrontés à la politique. On sort de la lecture de ce livre très dense, indispensable sur le plan artistique comme sur celui de la politique, à la fois inquiet concernant ce qui peut advenir, sans que l’Histoire ait malheureusement enseigné quoi que ce soit, et rassuré quant à la puissance de résistance des grands artistes qui seuls méritent, pour cette raison, d’être honorés de ce titre.
© Le choix de André Hirt
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