extrait de l’Ermite
I
Les poètes s’en vont
l’un après l’autre jusqu’à la fin de la nuit
sans emporter la nourriture du pauvre
et sans passeport valide
Je leur dis : pourquoi presser le pas ?
Attendez l’heure prévue, mes frères…
Nous sommes à la fin de la nuit
mais ils sont déjà partis
Le ciel n’est pas sombre, seuls les nuages pèsent au bas de
l’horizon. Nuages noirs, parfois gris. L’aube est obscure mais elle est l’aube.
Je m’adresse à un nuage qui revient tout blanc, dans un coin de ciel. Tu es à
moi, radieux et jubilant, je t’ai attendu depuis le début de la nuit alors que
tu te cachais sous l’oreiller. C’est donc toi qui me tirait les cheveux. Tu
resteras avec moi, là où je serai tu seras. Je dirai : le ciel est
limpide. Je dirai : le jour, c’est toi.
Bonjour, ô mon enfant !
Saadi Youssef, traduit de l’arabe par Vénus Khoury-Ghata. in Revue Europe n° 914-915, de juin-juillet 2005, p. 257.
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