Belle lecture de Geneviève Pastre hier soir à la
librairie Bluebook, rue Quincampoix à Paris. Une libraire très accueillante
avec une superbe cave voûtée tout en longueur idéale pour une telle rencontre.
J'ai eu le plaisir d'introduire à sa demande la lecture de Geneviève Pastre,
qui ensuite a donné des extraits des trois parties de son livre Vis-à-vis et
Invia suivi de l'Etat
Poétique.
Geneviève Pastre ne facilite pas la tâche de la portraitiste tant ses activités
ont été et sont multiples. Il y faudrait un portrait à facettes comme du temps
des cubistes. En notant bien que facettes ne
veut pas dire fragmentation et qu'à mon sens il y a
une très grande cohérence dans tout son travail.
En brossant ce portrait à grands traits, on peut évoquer celle qui fut
passionnée de danse mais empêchée par sa famille de suivre sa vocation, au
profit d'une sévère (mais très utile) agrégation de grammaire ; la femme de
scène qui a non seulement joué, écrit, monté ou mis en scène des pièces de
théâtre mais qui pendant des années a eu sa propre compagnie ; le professeur de
lettres ; la militante de toutes les causes lesbiennes et gays et politiques
(il faut rappeler qu'elle a fondé l'association Les Octaviennes en 1988 et le parti politique Les Mauves) ; l'éditrice
qui commence par créer une collection Les Octaviennes en 1985 puis sa propre
maison d'édition Les Éditions Geneviève Pastre en 1989 ; la femme de radio qui
a été présidente de Fréquence Gaie de 81 à 83 et depuis plus de 12 ans anime
une émission intitulée Les Affinités Électives
sur Radio Libertaire.
Mais hier soir c'est la poète qui était à l'honneur. Le hasard, mais en était-ce un, le hasard des
rencontres m'a conduite jusqu'à son travail, via notre amie commune la poète
américaine Marilyn
Hacker, qui m'a parlé de Geneviève à plusieurs reprises, qui m'a prêté un
premier livre On gaspille l'amarre ici et qui a suscité une
rencontre entre nous, après laquelle
Geneviève m'a envoyé d'autres livres qui n'ont fait que renforcer mon attrait
et mon admiration pour son œuvre. Une œuvre placée sous le signe de la liberté
et d'un goût obstiné pour la vie et l'amour
Liberté de se créer et de créer avant tout : car je pense que la formidable
activité de Geneviève Pastre trouve sa source, son foyer, son moteur dans son
œuvre poétique, dans son travail d'écriture. N'explique-t-elle pas elle-même
comment l'écriture lui a permis de sauver sa peau, alors même que sa famille
lui barrait le chemin de sa vocation, à l'adolescence.
Elle n'a cessé d'écrire depuis ce moment-là et on peut distinguer trois grandes
directions dans cette écriture. Et c'est précisément le mérite de ce très beau
livre qui vient de sortir que de donner un aperçu de cette triple manière de
l'auteur : double écriture de création et écriture de réflexion.
L'écriture de création de Geneviève s'épanouit selon plusieurs axes : une
somptueuse poésie amoureuse, dont certains ont comparé les accents aux chants
des troubadours et au Cantique des cantiques,
une poésie de la chair et de l'étreinte, qui devrait naturellement toucher très
au-delà des seuls publics lesbiens par son caractère universel. Une poésie du
quotidien aussi ce qui implique un
regard sur la société et le monde, ici et ailleurs, et une attention aux
plaisirs de ce quotidien qui ont souvent pour cadre la ville et ses rues.
Il y a aussi au sein de l'écriture de Geneviève Pastre des textes plus
difficiles d'accès si on les aborde avec la seule raison, des textes qui ont suscité
souvent chez les commentateurs des comparaisons avec des écrits oraculaires
et ont fait comparer la poète à la
Pythie ou à la Sibylle.
Sans oublier l'écriture de réflexion qui peut parfois revêtir des aspects
polémiques avec aux deux pôles l'écriture politique et l'écriture
philosophique.
Dans ce livre se trouve représenté tout
l'éventail de l'art de Geneviève Pastre.
Vis-à-vis regroupe ce que Geneviève
appelle sa poésie d'expression, des poèmes du quotidien, des poèmes d'amour,
poèmes de l'émotion, poèmes narratifs. Dans Invia au
contraire, ces petits blocs de textes étranges, écriture pure, des textes à
lire en se laissant aller au fil des mots, à écouter avec son subconscient. Et
enfin l'État poétique, véritable manifeste de
l'art poétique de Geneviève Pastre qui de façon très libre livre toutes sortes
de clés et répond en partie aux questions qui se sont formées en lisant Vis-à-vis et
Invia.
Pour ma part je considère ces écrits non seulement comme d'une très grande
qualité littéraire et esthétique mais aussi comme des textes de vie, qui
éclairent la route. Des hymnes qui
au-delà de toute "particularité particularisante", sont universels.
Geneviève Pastre dans Poezibao
Fiche
bio-bibliographique
extrait
1, extrait
2,
fiche
de lecture de Vis-à-vis, Invia et l'État
poétique
photos ©florence trocmé, en haut Geneviève Pastre et en bas, Geneviève Pastre et Florence Trocmé.
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