Avec mes remerciements à Tristan Hordé pour cette recension
Il faut remercier les éditions Le
Bleu du ciel de publier l’ensemble de l’œuvre de Jack Spicer, très peu traduit
jusqu’alors (voir bibliographie)
et fort mal connu en France. Le titre c’est
mon vocabulaire qui m’a fait ça reprend une des dernières paroles (my vocabulary did this to me, à son ami
Robin Blaser) de Jack Spicer, mort alcoolique à l’Hôpital général de San
Francisco.La traduction d’Eric Suchère est toute d’inventivité et soutient la
comparaison avec les précédentes, partielles.
Le recueil contient les 12 « livres » de
Jack Spicer, depuis After Lorca
(1957), où il dialogue avec le poète assassiné pendant la guerre d’Espagne,
jusqu’au Book of Magazine Verse,
inachevé ; une partie seulement de ces textes a été publiée de son vivant.
Dans sa préface, Nathalie Quintane situe précisément la poétique de Jack Spicer
par rapport à ses contemporains : « Sa conception de la « dictée » de la forme poétique est
certainement incompatible avec l’idée encore traditionnelle de l’auteur que se
font à son époque les poètes Beat ou confessionnels (Sylvia Plath) : pour
lui, la poésie n’est pas le support d’une expression personnelle, l’agencement
même du texte (plus que son « contenu ») est dicté de l’extérieur »
(p. 7), et plus loin : « L’idée
d’une composition sérielle est peut-être la plus « efficace », ou la
plus pertinente, de Jack Spicer : elle lui permet de procéder à la
balkanisation d’un mythe américain : celui du poème long – fondé par
Whitman, restauré par Pound, rénové par Williams, Olson, Zukofsky... »
(p. 8).
Jack Spicer
dialogue avec les fantômes (celui de Lorca dans Après Lorca) ou s’empare des mythes de l’Amérique, par exemple
celui de Billy le Kid (Billy The Kid),
travaille les références culturelles de l’Occident (le Graal, Rimbaud), les
triture, les décompose, mêlant les époques et les personnages. Ce qu’il
recherche, qui n’a pas de nom, n’a pas grand-chose à voir avec le lyrisme
(aujourd’hui bien vieillot) des poètes Beat. Le linguiste qu’était Spicer
reconstruit un univers déglingué, celui de ses fantasmes, qui ne s’accommode
pas des règles narratives, qui convoque Dieu et Buster Keaton, Guenièvre et
Marie, évoque Finnegans Wake et Edgar
Poe, qui brise les frontières du convenable et de tout ordre, donnant une
vision singulière des États-Unis et de leurs marges.
©Tristan Hordé
Jack Spicer, c’est mon vocabulaire qui
m’a fait ça, traduit de l’anglais (États-Unis) par Éric Suchère, préface de
Nathalie Quintane, éditions Le Bleu du
ciel (61, rue Judaïque, 33000 Bordeaux), 2006.
bio-bibliographie
de Jack Spicer
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