Le
silence
Le vent qui ne souffle pas le soir
et le vent qui ne souffle pas le matin
m'ont confié le livre des branches
pour que je perçoive mon cri dans le silence
La nuit descend, bleue, entre les pas et les étoiles, je vois
des arbres bleus, des rues désertées, un pays
de sable. J''avais une patrie puis je l'ai perdue. J'avais un pays
et je l'ai quitté. Comme je sens les étoiles proches
collées aux pas. Arbres bleus, ô bois
bleu, nuit, nous avons abouti à un monde
qui s'amoncelle, commence ou meurt
Arbres pour les mains tranchées. Arbres pour les yeux
arrachés. Arbres pour les cœurs pétrifiés
Dans la ville, les jardins bleus s'approchent du centre du cimetière
[...]
Sur les livres, le sceau de la censure est apposé
Dans quel pays es-tu venu ? Ici, tu pousseras une porte
sur un laboratoire de tortures, tu verras un jour dans les jardins
ton bras, tes yeux ou peut-être ton cœur encore palpitant
Mais aujourd'hui tu es plus fort, alors dis tes mots, dis-les
Après-demain tu recommenceras ou tu mourras
Le vent qui ne souffle pas le soir
et le vent qui ne souffle pas le matin
m'ont confié le livre des branches
pour que je perçoive mon cri dans les yeux
(3 novembre 1974)
traduction A.L. et J.Y.
Saadi Youssef, Loin du premier ciel, traduit de l'arabe par Abdellatif Laâbi, Jabbar
Yassin Hussin, Farouk Mardam-Bey et Habib Tengour, Actes Sud, 1999, p. 104
Saadi Youssef dans Poezibao :
Fiche
bio-bibliographique
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